Laissez-vous envoûter par la magie et le charme onirique de la Légende de la montagne de King Hu

He Yun Tsing est missionné par un monastère pour recopier un canon bouddhiste des plus sacrés. Il aurait le pouvoir de libérer l’âme des morts. On lui remet en plus du canon, un chapelet aux perles transparentes, He Yun Tsing doit aussi mémoriser une gestuelle. Pour mener à bien cette mission, les moines lui conseillent de se retirer dans un endroit isolé au cœur de la montagne où il est remis aux bons soins d’un homme. He Yun Tsing est accueilli à bras ouvert par les habitants, mais le canon bouddhiste devient vite la cible de toutes les convoitises. C’est gens qui s’empressent autour de lui sont-ils vraiment bien attentionnés ?

He Yun Tsing qui ne croit ni aux fantômes, ni au surnaturel, verra ses croyances mises à mal en s’aventurant dans cette contrée.

 

Lyrique. Merveilleux. Captivant. Voici les termes qui caractérisent le mieux ce film de King Hu inoubliable réalisateur de A Touch of Zen et Dragon Inn. La Légende de la montagne prend la forme comme son nom l’indique d’une légende, d’un conte surnaturel. Comme souvent dans ce genre de récits ou ici de films, une voix-off introduit l’intrigue et le héros «On disait qu’il y a (…) de cela un candidat déçu (…) recopiait des manuscrits…». Nous retrouvons aussi ici une sorte de parcours initiatique propre à ce type de récit. Une mission est confiée au héros, He Yun Tsing dans La Légende de ma montagne, il doit s’y tenir et ne pas dévier de son chemin. Ce film de King Hu que vous retrouverez en dvd grâce à Calotta Films dans sa version intégrale semble prendre la forme d’une épopée onirique, fantastique, lyrique. On suit avec passion le parcours d’He Yun Tsing.

Tout bascule quand il pénètre dans un lieu à l’abandon nommé l’Ile aux Bambous. He Yun Tsing c’est un peu éloigné de son but le temps d’une courte pause. Nous basculons lentement tout comme lui dans le surnaturel via l’intermédiaire d’une mutation du réalisme. Tout commence avec le souffle du vent qui a des accents presque irréels et semble avoir un effet hypnotique, soporifique sur le héros. Puis la brume, le brouillard s’intensifient jusqu’à envelopper He Yun Tsing. On se trouve projeter dans La légende de la montagne en un instant dans le surnaturel.

On ne peut que se demander durant cette séquence si l’on bascule dans le rêve, l’inconscient du héros son imaginaire ou dans le fantastique, on est tout de suite désorienté. Nous retrouverons souvent tout au long de ce film cette impression et ce basculement dans l’imaginaire. He Yun Tsing aperçoit un homme étrange à qui il demande son chemin. Ce dernier lui fait une réponse énigmatique lourde de sens «Il n’y a plus grands choses à voir là-bas».

Au loin parallèlement à He Yun Tsing un moine bouddhiste lui emboîte le pas sorte d’ange gardien. Le héros ne parait pas s’en apercevoir ou tout au moins ne s’en soucie pas. Nous retrouverons souvent ce moine dans La Légende de la montagne. Il ne semble jamais être bien loin de He Yun Tsing et tiens une place importante dans le film en tant que protecteur et défenseur du bien contre le mal.

La Légende de la montagne nous transporte à nouveau dans un univers poétique, fantastique où la mutation du réalisme côtoie l’inquiétante étrangeté et amène notre cher He Yun Tsing à s’interroger et à remettre son scepticisme en question.  L’attention d’He Yun Tsing est de nouveau détournée de sa mission, il est déconcentré. A l’écart du chemin au sein de la brume, nous voyons une femme vêtue de blanc qui joue de la flûte. L’air qu’elle interprète est entêtant, puis seul persiste le son, la femme disparaît d’un coup la brume s’intensifie puis plus de son. Nous sommes au cœur de l’étrange, du surnaturel. Cette atmosphère et l’apparition de cette mystérieuse femme donnent l’idée d’un rêve, d’une vision, d’une autre réalité.

He Yun Tsing poursuit son chemin, il semble de nouveau se laisser divertir de sa mission, en s’attardant dans un village étonnamment vide peu à peu envahit par la brume. Cette mutation du réalisme renforce l’idée de surnaturel. Il aperçoit sous forme d’ombre portée la silhouette d’un homme bizarre qui gesticule. Ce dernier semble vouloir le mettre en garde. L’atmosphère irréelle de la scène associée à cette rencontre des plus étonnante renforce l’étrangeté de la scène.

He Yun Tsing est à nouveau distrait par le même air de flûte, sorte de leitmotiv annonçant la mutation du réalisme, l’onirisme mais surtout l’apparition de cette mystérieuse femme qui ne semble jamais loin du héros. Cette fois-ci, il la voit de plus près. La brume semble comme précédemment l’engloutir mais la musique persiste. Troublé, He Yun Tsing la voit un plus loin un court instant. Son attention est de nouveau détournée, il dévie de sa quête. Elle semble cette fois l’attendre ou l’inviter à la suivre.

La musique persiste, He Yun Tsing sort du sentier et décide de la suivre. Sa curiosité est éveillée au plus haut point. Jusqu’à atteindre un temple toujours désert environné de brume où la jeune femme est assise sur une sculpture d’éléphant. Elle disparaît encore comme par magie, un bruit assez discordant, mais tout de même mélodique introduit ce moment cela plusieurs fois dans le film. On observe dans La Légende de la Montagne l’importance de la mutation du réalisme, du surnaturel, de l’onirisme et de la musique qui est quasi omniprésente.

He Yun Tsing oubli toute prudence et s’aventure plus profondément dans ce lieu étrange et se retrouve à sa plus grande stupeur confrontée au même homme bizarre. Il est habillé de loques et ses dents ressemblent à des crocs. Sorte de créature étrange chimérique. On peut observer que tout au long de La Légende de la montagne ses apparitions décalées servent de contrepoint comique à l’action, détendent l’atmosphère. Les deux hommes en viennent aux mains jusqu’à l’intervention d’un homme qui se révélera être le contact donné par le moine. Il lui explique que cet être étrange est son ordonnance et qu’on le surnomme le vieux Chang. Son contact va lui servir de guide dans cette contré, ce lieu qui semble presque irréel, car désert comme beaucoup de endroits que He Yun Tsing a traversé. On observe à nouveau une mutation du réalisme, la brume envahie peu à peu les lieux leur donnant un aspect presque surnaturel. Cette impression est renforcée parfois par la teinte magnifiquement ambrée de certains plans donnant l’idée d’onirisme, de fantastique.

La menace qui semble planée sur lui s’intensifie quand He Yun Tsing apprend que le canon ouvre l’au-delà et est le seul capable de libérer l’âme des défunts. A cet instant une musique inquiétante introduit une scène où l’on voit une femme les espionner à l’abri des arbres. Son hôte le met en garde car si le canon tombe entre les mains d’un adepte de la magie noire, il pourrait contrôler les esprits. Le héros est ensuite présenté à une dame étrange dans laquelle on reconnaît celle qui les espionnait. Très prévenante voire un peu trop, cette femme semble bizarrement portée beaucoup d’attention à ses bagages ou plus exactement au canon.

La Légende de la montagne de King Hu mélange à merveille les genres: SF, romantique, comique pour un film exceptionnel durant lequel on ne s’ennuie pas, et cela, même si la version restaurée en DVD proposé par Carlotta Films dure 3h06. De nouveau comme souvent dans les contes et légendes une figure de mise en garde apparaît incarné par le vieux Chang qui gesticule et semble l’avertir de se méfier des apparences.

Nous basculons comme souvent au sein de La Légende de la montagne dans l’irréel, la mutation du réalisme quand He Yun Tsing s’observe dans le miroir nous voyons comme par magie se substituer celui de la jeune femme à la flûte qui joue toujours le même air. Cette sensation de surnaturel se poursuit quand le héros suit la servante de la femme âgée qui le conduit à la maison de sa maîtresse. La brume, le vent envahissent peu à peu l’espace comme pour les dissimuler de la vue du moine dont la présence bienveillante, protectrice envers He Yun Tsing semble inquiéter la majorité des personnes qui entourent le héros. On peut s’interroger sur leurs véritables attentions à son égard.

Nous apercevons l’alternance des genres propres à La Légende de la montagne dans une scène qui peut servir de contrepoint comique à l’action. Quand He Yun Tsing se rend compte que l’enfant dont la femme lui demande d’être le précepteur est une splendide jeune femme. Nous assistons à une scène des plus amusantes où mal à l’aise He Yun Tsing enchaîne les maladresses. Mais la menace n’est jamais loin les apparences semblent souvent dans ce film des plus trompeuses. On observe des échanges de regards inquiétants entre son hôte et la femme d’un certain âge, donnant l’idée d’une conspiration.

Cette impression de quiétude bascule tout à coup en moment de panique quand le moine approche de la propriété. La jeune femme apparaît effrayée, soucieuse. On entend des éclats de voix, on interdit au moine d’entrer, il semble presque chassé. La brume envahie la cours de la propriété instaurant une mutation du réalisme qui introduit le surnaturel.  Nous assistons au premier duel musical et magique opposant le moine et la jeune femme. Elle joue du tambour sur un rythme effréné, la jeune femme lance des regards inquiétants conspirateurs.

He Yun Tsing qu’en a lui semble envoûté, indisposé à la fois par la musique et la boisson. Sa vue se brouille, la musique devient plus dissonante l’impression d’inquiétante étrangeté, de menace s’intensifie quand une lueur rouge angoissante nimbe la jeune femme. Au loin le moine veille, le tambour tout comme le vent s’intensifie, il part littéralement en fumée (une fumée orange). Le premier affrontement du bien contre le mal sembla apriori avoir été un échec. Le héros se retrouve bien malgré lui après de multiples manipulations, marié à la jeune femme.

Les acteurs incarnent à la perfection leurs personnages. La Légende de la montagne de King Hu est un véritable petit bijou qui vous plonge dans un autre univers, une autre époque où le surnaturel côtoie le réel. La menace n’est jamais loin, mais le lyrisme, la poésie sont aussi très présents dont parfois dans le découpage des plans.

Le passage rapide du temps, les saisons qui se succèdent s’incarne par exemple avec des fleurs qui au plan suivant n’ont plus de pétale. Parfois pour illustrer la menace qui plane et mettre une distance par rapport aux images l’emploi d’une musique dissonante angoissante. Dont des plans sur la lune, lumière ambrée, guêpe butinant une fleur, gros plan sur une toile d’araignée donnant l’idée d’un piège puis la musique s’apaise sur un plan innocent sur des poissons.

Les scènes de nue, de sexe sont censurées et illustrées sous forme de métaphore alternant des scènes où le corps nu apparaît de façon morcelé (bras, jambes,…) mises en parallèle avec des plans sur entre autres: des libellules qui s’accouplent…. Ces images poétiques changent d’un coup et prennent une tournure plus inquiétante, menaçante. On voit ainsi une araignée, une veuve noire, prend un insecte dans sa toile en off on entend le rire angoissant d’une femme. Cette séquence intensifie l’idée d’un piège qui se referme sur He Yun Tsing, puis de nouveau les images reprennent un aspect poétique.

Tout au long de La Légende de la montagne vous apercevrez un univers surnaturel, magique où la mutation du réalisme est souvent présente pour introduire l’étrange, l’irréel. La poésie, et le lyrisme sont aussi très présents. La musique tient une place capitale tout au long de ce film. Elle peut servir d’avertissement, à envoûter voire comme armes avec deux musiciens s’affrontant dans une lutte entre le bien et le mal.

Nous suivons ensuite avec passion le moine durant son apprentissage auprès d’un maître taoïste où magie et musique semblent, ici comme tout au long de La Légende de la montagne, étroitement liés et servir les desseins de celui qui en joue. Nous apprendrons plus tard que le maître taoïste était celui de la jeune femme. Un nouvel affrontement semble proche le moine se prépare tandis que le héros ne se doute de rien. Vous découvrirez durant ce film que le canon ou plutôt le chapelet l’accompagnant ne peut pas être touché par tout le monde. Les esprits et êtres maléfiques sont violemment repoussés par le chapelet.

He Yun Tsing est vivement encouragé de façon insistante, par sa cher et tendre et sa belle-famille entre autres, à poursuivre son travail. Il accompagne son hôte pour acheter le nécessaire. He Yun Tsing finit par rencontrer la jeune femme vêtue de blanc qui se trouve être la fille de la propriétaire de la taverne dans laquelle tous deux font une courte pause. Nous retrouvons de nouveau une mise en garde et une menace sous-jacente quand l’hôte sous l’emprise de l’alcool dit à He Yun Tsing que «sa femme est un démon» faut-il prendre cette expression de façon littéraire ou imagée.

Ce DVD proposé par Calotta Films comporte deux documentaires qui vous en apprendront un peu plus sur cette petite merveille. L’action est tout aussi présente dans La Légende de la montagne avec de splendides scènes de combats aériens dont la chorégraphie n’est pas sans rappeler celles du Secrets des poignards volants. La magie dans La Légende de la montagne remplace les armes.

Nous suivons avec passion cette légende et le parcours d’He Yun Tsing. Arrivera- t’il a accomplir sa mission et a déjoué les machinations ?

 

Laissez-vous charmer par la beauté des images et de l’histoire de La Légende de la montagne entre surnaturelle, lyrisme et réel.

 

 

La Légende de la Montagne de King Hu, avec Hsu Feng, Shih Chun…. En DVD ou en Blu-ray chez Carlotta Films. Durée 3h06.

Prix: 20.06€

 

Pour plus d’information/Vente en ligne : http://carlottavod.com/la-legende-de-la-montagne


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