Culture

Découvrez le portrait d’une femme d’exception Suzanne Noël avec A mains nues

A main Nues portrait de Suzanne Noël de Leïla Slimani et Clément Oubrerie. Edition Les Arènes BD. Photo; Philippe Lim
A main Nues de Leïla Slimani et Clément Oubrerie. Édition Les Arènes BD. Photo: Philippe Lim

Après une vie dans un premier temps assez oisive d’épouse de médecin Suzanne Noël trouve sa voie. Brillante étudiante de médecine, elle va assister à la naissance de la chirurgie plastique. Suzanne Noël va y apporter sa contribution. Pendant la Première Guerre mondiale, la chirurgie réparatrice gagne ses lettres de noblesse.

Aux côtés du professeur Hippolyte Morestin, elle opère « les gueules cassées » avec des protocoles chirurgicaux révolutionnaires…

Captivant. Enrichissant. Voici les termes qui caractérisent le mieux A mains nues de Leïla Slimani et Clément Oubrerie. Cette bande-dessinée proposée par les Éditions Arènes BD nous dresse le portrait de Suzanne Noël héroïne oubliée du XXe siècle. Elle redonnait un visage, mais surtout de l’espoir aux « gueules cassées ». A mains nues proposé par les Éditions Arènes BD est une fiction librement inspirée de la vie de Suzanne Noël. La couverture de cette bande-dessinée nous présente sur un fond jaune moutarde la jeune femme en plein travail. Bistouri en main, elle opère un patient.

Laissez-vous entraîner par ce portrait de femme qui prend vie sous la plume de Leïla Slimani et les illustrations de Clément Oubrerie. Je dois vous avouer que pour moi cette œuvre est d’une grande beauté des plus picturales. Souvent tout au long de ma lecture d’A mains nues proposé par les Arènes BD les illustrations m’ont rappelé le style de Toulouse-Lautrec.

De même au cœur de cette bande-dessinée de Leïla Slimani et Clément Oubrerie l’art est des plus présent. Il est même parfois associé à la médecine. L’art semble tout contaminer pour notre plus grand plaisir. Notre regard en est des plus charmé. Ce qui ne nous empêche pas bien au contraire d’être captivés par le portrait de Suzanne Noël dépeint dans A mains nues proposé par les Arènes BD.

Dans un premier temps, cette bande-dessinée s’intéresse à l’enfance de cette femme d’exception. Tout au moins à un événement marquant. Enfant, Suzanne Noël et sa mère assistent à un accident opposant une voiture à une calèche. Au cœur des badauds venus observer le carnage, l’image se resserre sur Suzanne. Puis nous apercevons dans une vignette aux effets floutés, proche d’un flou artistique : le carnage.

Tout au long d’À mains nues proposé par les Arènes BD, le brio de l’illustrateur Clément Oubrerie est de ne pas jouer sur le sensationnalisme, le gore mais de restituer l’horreur, la violence ou les scènes sanglantes dans un style picturale très proche de la peinture. Cela sert à merveille l’histoire tout en créant une distance chez nous, mais aussi en gardant un lien avec l’art très présent dans cette BD.

La roue de la calèche renversée empiète sur la vignette du dessus. On aperçoit de même une femme à demi-allongé sur le sol et un cheval à terre. La route semble baigner dans le sang. La double page suivante se consacre au cheval agonisant. Le dessin flouté donne l’idée de peinture. Il est accompagné du hurlement de la mère de Suzanne qui l’appelle. Suzanne Noël loin d’être effrayée observe la scène avec attention, non pas par plaisir malsain, mais peut être plutôt car sa vocation commence à apparaître.

Dans une sorte de raccord, le passé rejoint un court instant le présent dans A mains Nues de Leïla Slimane et Clément Oubrerie. Le cri précédent se répercute dans le présent. L’image se concentre sur les yeux de Suzanne Noël. Dans une sorte de fondue-enchaînée, la vignette suivante nous présente un plan d’ensemble. Nous sommes au mariage de Suzanne. A mains Nues proposée par les Éditions Arènes BD a de même un côté des plus cinématographique qui a su me séduire. On plonge avec passion dans cet ouvrage dédié à Suzanne Noël, une héroïne oubliée du XXe siècle.

Au début cette bande-dessinée due aux talents combinés de Leïla Slimane et Clément Oubrerie la monotonie et l’oisiveté de la vie de Suzanne Noël dans laquelle elle donne l’impression de dépérir est restituée à la perfectionne. Nous apprenons grâce à une lettre que Suzanne Noël écrit à sa mère que son mari Henry est médecin. Pour tenter de rompre sa monotonie Suzanne Noël prends avec d’autres femmes des cours de dessin. Elle a déjà une idée bien précise sur l’art et affirme sa personnalité. Pour Suzanne Noël « l’art n’est pas affaire de technique (…)C’est une vision, c’est la tentative de donner corps à un rêve ». Un peu plus tard son attention est attirée dans une vitrine par une œuvre de Cézanne pour elle « c’est comme si le peintre voyait l’intérieur des êtres ».

Son mal-être, sa lassitude s’intensifient. Nous la retrouvons un peu plus tard dans A mains nues distribué par les Arènes BD. Suzanne Noël va proposer son aide en cuisine sous le regard surpris de ses domestiques. Une fois le couteau en mains elle est prise de frénésie. L’image se centre sur ses yeux dans lesquels se reflètent la scène.

Un raccord-regard nous montre encore dans un style flouté rappelant la peinture le lapin supplicié. Ses habits sont tâchés de sang. Suzanne laisse de même derrière elles des traces sanglantes. Elle quitte la pièce sous le regard médusé des domestiques. A bout de patience Suzanne Noël exprime enfin sa lassitude « C ‘est toujours la même chose, les mêmes conversations futiles ». Elle s’anime quand son mari lui parle de ses patients les plus intéressants.

A mains nues proposé par les Arènes BD fait un bond dans le temps. Avec l’arrivée durant l’une de leur réception de Mme Atherton, une féministe américaine. Elle est aux prises avec les réflexions machistes et l’incompréhension des hommes. Dont l’un fait remarquer « Les femmes ne seront plus nos maîtresses, mais nos maîtres ». Résumant parfaitement la mentalité de l’époque. Suzanne Noël adhère aux idées de Mme Atherton « pourquoi nous contenter d’un destin frivole et vain quand nous avons soif de connaissance et que nous sommes animés du désir de nous rendre utile ». Au cœur de la nuit taraudé par une idée. Suzanne Noël veut étudier son mari la soutien « Si tu le désires tu pourrais passer le bac qu’en dis-tu ? ».

Dans cette bande-dessinée proposée par Arènes BD, nous suivons pas à pas l’histoire de Suzanne Noël. Les textes entre les interlignes nous résument l’action. Nous la retrouvons dans un milieu exclusivement masculin. Elle finit par exprimer son désir de devenir médecin. Avec toujours le soutien inconditionnel de son mari « Avec l’aide d’Henry son expérience sa clientèle, je pourrais exercer. Il est d’accord pour que je travaille avec lui au cabinet ».

Sa mère dans un premier temps étonnée se rappelle avec émotion que plus jeune Suzanne voulait toujours soigner son père. Elle allait jusqu’à inventer des médicaments. Sa mère est des plus fières « ma fille va devenir médecin », Henry renchérit « elle est tout à fait capable croyez-moi ». Nous retrouvons ensuite Suzanne Noël sur les bancs de la fac entourée d’hommes. Les illustrations restituent à merveille l’ambiance des amphis.

A mains nues de Leïla Slimani et de Clément Oubrerie s’intéresse dans un premier temps a la femme dans sa vie quotidienne. Au début les employés voient d’un mauvais œil la situation car « elle ramène des camarades d’étude ». Une vignette aux bords arrondis introduit un flash-back qui va illustrer à merveille leurs propos « ces goujats qui parlent fort, font des plaisanteries salaces, fument des cigarettes… ».

Suzanne Noël est parfois est en bute aux railleries « Ton petit mari t’attend tu dois lui servir le diner ». Mais peut-être est-ce, car l ‘un de ses camarades André s’est épris d’elle. Il tente de la faire réfléchir et renoncer à la médecine bourgeoise pratiquée par Henry. Pour lui « c’est auprès des plus misérables que nous devons nous trouver ». Il l’emmène dans les bals musette et cabarets. Les illustrations de Clément Oubrerie reprennent à merveille le style des plus reconnaissables de Toulouse-Lautrec.

Féministe. Elle n’a eu de cesse de lutter pour son indépendance. Nous suivons dans A main nues proposé par les Arènes BD le parcours professionnel de Suzanne Noël. Elle rejoint entre autres en 1909 le service du célèbre dermatologue Louis Broch à l’hôpital Saint-Louis. Une avancée médicale y a été testée la douche filiforme. Cet homme féru d’art, de nouvelles technologies lui témoigne une grande confiance. Suzanne Noël apprendra beaucoup à ses côtés.

On retrouve dans cette section d’À mains nues proposé par les Arènes BD le lien avec l’art. Suzanne Noël rejoint Broch dans une galerie d’art. Elle est attirée par les tableaux de Degas. Il s’agit de nues variés. Suzanne Noël lui annonce qu’elle n’est plus intéressée par la dermatologie. Elle a d’autres aspirations « cette machine du corps est fascinante. Je voudrais l’explorer tout entière, ce qui m’intéresse maître c’est la chirurgie réparatrice ».

Au fil de cette bande-dessinée de Leïla Slimani et Clément Oubrerie sa carrière, sa vie semblent émaillées de rencontres plus aux moins déterminantes. Brock va la recommander à un confrère qu’il décrit comme « un pionnier, un novateur. Il aime les esprits vifs et téméraires ». Cette rencontre va s’avérer déterminante pour Suzanne Noël. Nous la suivons ensuite dans A mains nues dans son apprentissage de la chirurgie aux côtés d’Hippolyte Morestin.

La première intervention à laquelle Suzanne Noël assiste est pratiquée sur une petite fille et a lieu devant un amphi rempli. Morestin explique qu’en chirurgie « pas besoin de discours il faut observer » de même « tout est dans le geste et la précision ». Cela est parfaitement restitué par les illustrations de Clément Oubrerie. Parfois dans une sorte de caméra subjective, nous voyons la scène à travers les yeux des patients.

On assiste à l’opération. Comme souvent dans cette bande-dessinée proposée par les Arènes BD, une fois l’opération réalisée, l’image finale a un style pictural proche de la peinture. La chirurgie apparaît presque comme un art. Le gore pur n’a pas sa place dans A mains nues. Ainsi Suzanne Noël explique exaltée à son mari « Henry si tu aurais vu la façon dont il lui a rendu sa beauté, sa grâce », « on aurait dit un sculpteur qui modèle un bloc de glaise. Cela tenait du miracle ».

Cette bande-dessinée due aux talents combinés de Leïla Slimani et Clément Oubrerie s’intéresse autant à la femme qu’au médecin. A mains nues proposé par les Arènes BD nous dresse un portrait des plus détaillé de Suzanne Noël. Nous assistons de même à l’avancée de la médecine plus particulièrement la chirurgie. Au départ contrairement à ce que l’on aurait tendance à croire elle était mal vue, car jugée futile. Vous serez amené dans cette BD riche en émotion à rire devant les expérimentations que Suzanne Noël pratique. Ainsi pour remédier aux rides et au passage du temps, armée de pinces à linge elle tente de remodeler son visage devant le regard amusé de sa fille

Le ton d’A mains nues proposé par les Arènes BD change du tout au tout. Nous sommes confrontés aux horreurs de la guerre. Les visages défigurés sont toujours cachés dans l’ombre ou floutés. Nous apprenons que le service de Morestin se spécialise dans « les gueules cassées ». Pour en apprendre un peu plus sur le sujet, je vous conseille le film La Chambre des officiers de François Dupeyron.

« Au Val-de-grâce les blessés de la face arrivaient de plus en plus nombreux. On les isolait des autres patients à cause de la terreur qu’ils suscitaient et de l’odeur pestilentielle qui se dégage de leurs blessures. Les mauvaises langues nous appelaient le service des baveux à causes des blessures spectaculaires qui emportent les mâchoires ». Cette partie m’a fait penser à un autre film Johnny s’en va-t’en guerre de Dalton Trumbo. Nous y suivons majoritairement en caméra subjective l’éveil d’un soldat affreusement défiguré qui tente de communiquer avec l’extérieur. Pareillement ce film ne joue pas sur le gore. Suzanne Noël et Morestin vont redonner un visage aux « gueules cassées » ce qui leur permet de retrouver une vie normale.

On peut noter dans cette bande-dessinée proposée par les Arènes BD une scène des plus représentatives et des plus émouvantes. Suzanne Noël accompagnée de sa mère et de sa fille se rendent au musée. Face à deux « gueules cassées » qui passent devant elles, sa fille se jette dans ses bras. Suzanne Noël la reprend avec douceur « Ne fait pas ça/est ce que tu mesure la peine que tu leur causes ? C’est parce qu’ils se sont battus pour nous qu’ils ont cette apparence ».

Quand les deux hommes passent devant elles, elle dit à sa fille « regarde les maintenant et imagine leurs visages » comme Suzanne le fait elle-même au travers de la chirurgie. Un dessin d’enfant des plus coloré se substitut aux visages des deux hommes qui y sont représentés souriant. Dans les années folles, Suzanne Noël devient une célébrité dans le monde entier et compte parmi sa clientèle des personnes célèbres.

Intéressez-vous aux avancées de la médecine à travers le portrait captivant de Suzanne Noël dans A mains Nues

A mains nues histoire de Leïla Slimani, illustrations de Clément Oubrerie. Editions les Arènes BD. Prix 20€.

Pour plus d’information : http://www.arenes.fr/

Rédactrice freelance, Pigiste

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