Culture

Immergez-vous dans un reportage, récit anthropologique des plus captivants avec Voir, entendre et se taire

Voir, entendre et se taire, Un an avec la Mara Salvatucha de Juan José Martinez. Édition Marabout
Voir, entendre et se taire de Juan José Martinez. Édition Marabout

Palpitant. Choquant. Voici les termes qui caractérisent le mieux ce livre de Juan José Martinez. Ce dernier a passé un an de sa vie avec la Mara Salvatrucha, un gang salvadorien. « Trucha » en salvadorien signifie « alerte », comme dans Salvatrucha qui selon l’auteur veut dire « Salvadorien en alerte ».

Voir, entendre et se taire regroupe les notes de terrain d’un anthropologue : Juan José Martinez. Son frère Oscar signe la préface. Dans celle-ci, il nous parle de la « Folie de Juan » en regard de son travail de recherche qui l’a mené au cœur des dangers.

Dans l’intro de Voir, entendre, se taire aux Éditions Marabout collection So lonely, Oscar nous présente son frère comme un universitaire, un anthropologue qui s’est consacré à l’étude des Pendillas. Termes désignant l’équivalent de gang au Salvador. Juan José Martinez se consacre plus particulièrement à la Mara Salvatrucha.

L’auteur s’intéresse à un sujet brûlant et peu connu du reste du monde. Juan José Martinez se centre sur une région ensanglantée de ce coin de la planète, à savoir l’Amérique Centrale. Cette réputation des plus méritée est due à son taux d’homicide quotidien. Ce lieu est considéré comme l’endroit le plus violent du monde.

L’auteur de ce livre choc proposé par les Éditions Marabout traite sans filtre et en tant qu’observateur objectif, mais non insensible de la vie d’une cellule des Mara Salvatrucha 13 (MS 13). L’action se situe dans une banlieue du Salvador, plus précisément dans une communauté sur laquelle cette Pendilla règne en maître.

Les MS 13 livrent une guerre sans merci les opposants aux jeunes d’une pendilla rivale sorte de sœur ennemie : les Barrio 18. Leurs conflits et règlements de compte sont des plus sanglants dans l’histoire récente de ce continent. Ils touchent malheureusement souvent des êtres innocents.

Dans Voir, entendre et se taire tous les faits rapportés sont véridiques et rapportés sans filtre par Juan José Martinez. Il a risqué sa vie en traversant des terrains hostiles et a été confronté à des êtres dangereux pour nous rapporter son témoignage.

Vous apprendrez pour votre plus grand étonnement dans ce livre des Éditions Marabout que « Mara » renvoi à un vieux film d’horreur mettant en scène des fourmis tueuses : Marabuta. Ce terme signifie en argot salvadorien « groupe », ici Salvatrucha peut se traduire par Salvadorien.

Voir, entendre et se taire rassemble les notes de Juan José Martinez qu’il a prise pour sa thèse d’anthropologie sur la violence au Salvadore. Plus particulièrement, sur la guerre entre les deux principales pendillas de ce coin de l’Amérique : la Mara Salvatrucha et le Barrio 18 Dans un premier temps, cette dernière les avait pris sous son aile. Ils sont maintenant ennemis mortels. Les raisons de ce conflit restent inconnues et sont sujettes à plusieurs hypothèses. Il n’en demeure pas moins que leurs affrontements sont des plus violents, des plus mortels et entraîne aussi souvent des dommages collatéraux des plus meurtriers.

Nous suivons avec passion le travail d’investigation de Juan José Martinez dans ce live aux Éditions Marabout qui nous conduit comme le dit si bien le titre d’une des parties « dans la dernière communauté de la colline ». Il s’agit plus particulièrement d’un centre de jeunesse où la pendilla MS 13 règne.

Dès le début, nous devinons tout de suite que l’auteur avec Voir, entendre et se taire s’est mis en danger. Si on peut dire en étant confronté à des gens ultra-violents qui sont loin d’être des enfants de cœur.

Une fois introduit dans cette communauté ou plus exactement chez les MS13. Il y a plusieurs règles à respecter. La plus importante est de ne jamais au grand jamais mentionner ou encore prononcé à voix haute le numéro 18, ni ne le porter sur un t-shirt. Chez les Mara Salvatrucha le n°18 attire la mort, car il renvoi à leur pendilla rivale la Barrio 18. Il est aussi interdit de se promener seul, pour si on peut dire les non-initiés. Il y a des règles pour pouvoir parler aux chefs des MS13 : ne jamais regarder leur tatouage, ni leur poser des questions. L’auteur quant à lui sera seulement présenté, puis invité à dégager. 

On pourrait parfois avec Voir, entendre et se taire être tenté un court instant d’oublier le sujet et la violence de celui-ci, mais cela ne dure pas longtemps. Les scènes de violence des plus crues sont rendues à la perfection et sans filtre dans ce livre témoignage de Juan José Martinez.

Ainsi, il sera amené à assister sans pouvoir rien n’y faire à l’interrogatoire musclé d’une jeune fille passée à tabac par un groupe de jeunes. Son crime nous l’apprendrons plus loin est des plus innocents, ce qui n’en est que plus choquant. Juan José Martinez nous apprendra que la faute impardonnable de cette jeune fille est d’avoir invité une amie de son école chez elle. Cette dernière venait du territoire ennemi. Les MS13 lui laissent la vie sauve avec l’interdiction de poursuivre ses études, son école étant située sur le territoire ennemi. Comme le dit si bien l’auteur « à nouveau la Mara Salvatrucha a dicté sa loi : voir, entendre, se taire si tu ne veux pas être le suivant ».

Nous découvrons au cours de notre lecture que le choix du titre de cet ouvrage des Éditions Marabout n’est pas innocent. Il reprend la formule devenue la norme dans cette communauté Voir, entendre, se taire pour survivre ou pour rester.

Toutes ces règles, principes de survies sont énumérées par Gustavo le responsable tout au moins sur le papier de ce centre de jeunesse. Il garde les yeux fermés sur ce qui se passe par mesure de sécurité tout au moins pour lui, dans une pâle imitation des 3 singes de la sagesse.

Voir, entendre et se taire aux Éditions Marabout nous donne l’impression d’instants pris sur le vif ou de tranches de vie. Nous sommes amenés à découvrir une pendilla de l’intérieur, plus précisément la MS13 dont leur façon de marcher, leur argot : Pendilleros (membre de gang), Sicaro ce sont les tueurs à gage de la pendilla…

Tout comme le texte lui-même de ce livre choc de Juan José Martinez, les photos qui l’illustrent plus particulièrement le portfolio, mettent en scène des instants de vie pris sur le vif. On y voit entre autres : des photos de torses tatoués, un homme mort lors d’une fusillade…

Voir, entendre et se taire est un recueil de notes de terrain contenant entre autres : les témoignages de survivants innocents d’une représailles, des portraits d’hommes parfois inquiétants voire effrayants dont Little Down. Mais au cœur de ses ténèbres une lueur apparaît incarnée par Destino. C’est un ancien Pendilla qui garde encore son emprise sur les autres, tout en restant en dehors des affaires du clan, il se met à faire du pain.

J’ai été passionnée par les récits véridiques qui composent Voir, entendre et se taire. Témoignages d’une violence toujours plus ou moins en suspend. J’ai lu ce récit d’une traite. J’ai aussi été passionné par le narrateur qui n’a pas hésité à mettre sa vie en danger pour son recueil anthropologique et pour nous livrer ce récit.

Suivez avec passion le témoignage de Juan José Martinez qui nous plonge au cœur de la tourmente avec Voir, entendre, se taire

Voir, entendre et se taire de Juan José Martinez. Édition Marabout.

Prix : 15,90€

Pour plus d’info : https://m.marabout.com/voir-entendre-et-se-taire-9782501147804

Rédactrice freelance, Pigiste

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