Culture

Laissez-vous émouvoir par la douce poésie de La Troisième femme d’Ash Mayfair

La Troisième femme d'Ash Mayfair. Bodega Films
La Troisième femme d’Ash Mayfair. Bodega Films

A la fin du XIXe siècle au Vietnam, May une jeune fille de 14 ans devient la troisième épouse du riche propriétaire Hung.

Elle prend vite conscience que pour accéder à une meilleure position, il lui faut atteindra le statut de première femme. Pour arriver à ses fins, elle doit donner naissance à un fils. Ses chances d’atteindre cet objectif deviennent réelles quand May apprend qu’elle est enceinte.

Emouvant. Poétique. Dépaysant. Voici les termes qui caractérisent le mieux ce film d’Ash Mayfair inspiré de faits réels. Bodega Films a eu la brillante idée d’avancer la date de sortie de ce drame prévu initialement en septembre au 19 août.

Une phrase sert d’introduction à l’intrigue « A la fin de 19e siècle, une jeune fille de14 ans devient la troisième femme d’un homme fortuné ». Le terme « troisième femme » persiste une fois le reste de la phrase effacé pour donner corps au titre.

Ash Mayfair nous offre une œuvre magistrale qui saura à la fois nous captiver, nous émouvoir, mais aussi nous éblouir. La première chose que l’on peut observer concernant ce film proposé par Bodega Films est la beauté picturale et poétique des images qui va se décliner pour notre plus grand bonheur tout au long de La Troisième femme.

Cette œuvre d’Ash Mayfair commence par un magnifique plan sur une étendue d’eau où vogue des embarcations. Au second plan, nous pouvons apercevoir des montagnes ainsi qu’ un superbe paysage. Puis la caméra se focalise sur une jeune fille qui se trouve dans la première embarcation. Ce plan reprend quasiment à l’identique l’affiche de ce film proposé par Bodega Films, nous devinons qu’il s’agit de May : la troisième femme du titre.

Ces premières images sont apaisantes. La jeune fille semble insouciante, curieuse de tout. Elle passe sa main dans l’eau tout cela sur fond de musique douce. Comme cela sera souvent le cas durant La Troisième femme, nous sommes amenés à partage la vision des choses de May via l’emploi d’une caméra subjective ce qui facilite l’empathie.

Nous voyons les montagnes face à elle, le roulis du bateau est restitué. Puis dans un raccord regard, nous apercevons le visage de May. Elle semble perdue dans ses pensées et à un air grave, ce qui contraste avec la musique et le paysage apaisant.

La Troisième femme d’Ash Mayfair change ensuite de ton. Nous sommes maintenant dans la cour d’une propriété. Ce film proposé par Bodega Films nous invite à entamer un voyage dépaysant dans le Vietnam de la fin du XIXe siècle. Nous serons amenés à découvrir pour notre plus grand plaisir une autre culture et ses traditions.

May dans cette séquence semble mise en avant. Elle est vêtue de blanc et porte une étole rouge. On a l’impression que May irradie. Elle est dans une posture soumise : mains croisées sur la poitrine et regarde vers le bas. A ses côtés, nous trouvons un homme vêtu d’un costume traditionnel de couleur sombre.

Ash Mayfair dans ce drame joue avec brio sur la variation de point, comme ici : le premier plan est net tandis que l’arrière-plan est flou. On discerne dans ce dernier les silhouettes de plusieurs personnes. Toutes sont en tenues traditionnelles identiques à celle de l’homme. Ils sont tous dans une attitude soumise. Ils sont placés avec ordre, rigueur.

Cette scène de La Troisième femme est silencieuse. Tout passe par le non-dit, le jeu de regard et la mise en scène. May lève les yeux. Dans un raccord regard, nous voyons à travers ses yeux. Face à elle se trouve placé dos à un autel comportant une statue de Bouddha, un homme âge assis sur un fauteuil et de part et d’autre de lui les membres de sa famille : deux hommes plus jeunes, deux femmes, puis deux enfants avec derrière ces dernières une femme d’un certain âge qui semble être la gouvernante, l’intendante.

Tout paraît ici suivre une logique, être protocolaire lié à une tradition. On a l’impression que May est introduite, présentée si l’on peut dire à sa belle-famille. Il s’agit d’un mariage arrangé May, jeune fille de 14 ans va épouser le fils du vieil homme. Les deux autres femmes présentes sont ses deux premières épouses.  Dans cette première partie, le choix narratif, si l’on peut dire, d’Ash Mayfair nous permet de nous concentrer sur les émotions, le ressenti de May en particulier.

Ce film proposé par Bodega Films se poursuit par un gros plan sur un instrument de musique, la fête bat son plein. La jeune fille nous apparaît toujours à part. Elle est assise au premier plan loin à la fête dans une altitude de déférence. On peut observer derrière elle que le repas semble fini. Le vieil homme est en pleine discussion avec un autre homme.

On voit une succession de plans qui nous renvoient tantôt à la fête tantôt à May. Même ici la poésie des images est aussi présente, dont dans un gros plan sur un lampion. Une femme rejoint May avec un plateau, c’est la première fois qu’on la voit réellement sourire.

Le premier mot prononcé dans La Troisième femme est dit ou plutôt chanté durant cette fête. L’une des autres femmes de Maitre Hung chante. Cette séquence est d’une grande beauté picturale. Dans une variation de point, les lampions et tout ce qui se trouve derrière la chanteuse nous apparaissent flous. Ce qui la met en valeur. Nous voyons de nouveau une partie de la scène à travers les yeux de May qui observe avec attention la chanteuse.

Toute cette partie de La Troisième femme est centrée sur le rite, le protocole : la cérémonie de présentations, du mariage ainsi que la nuit de noce. Traditions des plus dépaysantes pour la majorité d’entre nous et à laquelle nous assistons avec intérêt. Tout est réglé au détail près et est très protocolaire. Ainsi un peu plus tard, on peut voir un plan d’un lit vide avec des oreillers rouges. Un bol entre dans le champ, une personne y récupère avec une cuillère un jaune d’œuf. May fait son entrée, on le lui fait manger, puis elle s’allonge sur le lit. La caméra se focalise sur son visage, raccord regard May fixe la lune.

Ce film proposé par Bodega Films enchaîne sur le plan d’un jaune d’œuf placé sur le ventre de May, plus exactement au niveau de son nombril. Scène à la fois teintée de sensualité et d’une certaine poésie. Un homme vient gober le jaune d’œuf, on ne voit qu’une partie de son visage. On peut se demander s’il s’agit d’un rituel pour faciliter la fécondité, amplifier la vigueur de ce premier ébat. Tout apparaît codifié et éveil notre curiosité.

Le couple se fait face, ils font l’amour. La scène est filmée de façon assez chaste, marque d’une certaine retenue. Durant ce passage, on ne voit que le haut de leurs corps, la caméra se concentre sur l’expression de leurs visages, dont plus particulièrement sur celui de May. Favorisant de nouveau notre empathie pour elle. On peut voir un autre plan émouvant sur May qui une fois le mariage consommé fixe les draps. Elle semble perdue dans ses réflexions. Cette impression est amplifiée par la musique.

Comme souvent dans ce film proposé par Bodega Films, le passage du temps, des saisons est illustré de façon métaphorique par des plans d’une rare poésie, beauté dont ici où l’on voit la lune masquée par les nuages. Le temps semble passer en accéléré.

Nous assistons ensuite à la suite de la cérémonie, cette fois-ci cela concerne la perte de la virginité, la consommation du mariage. On peut voir un tissu blanc avec une tâche rouge suspendu sur une sorte de plante posée dans un vase par l’intendante. May se trouve à côté vêtue de blanc dans une pause de déférence. Une des femmes de Maître Hung vêtue de bleu échange un regard entendu avec l’intendante. Toutes deux partent laissant May seule.

Dans La Troisième femme, le premier mot échangé l’est au bout de 9min. May est détendue, elle mange avec les autres semble enfin inclue dans la famille.

Tous dans ce drame proposé par Bodega Films à souvent un sens plus ou moins caché ou une valeur métaphorique. Ainsi au moment où Madame Ha, la première épouse, met bat une vache elle déclare « c’est un veau il rapportera beaucoup ». On peut être tenté d’y voir un rapprochement avec leur situation. Mettre au monde un fils assure une place maîtresse dans cette maison en faisant accéder au statut de première femme.

Tout est mis en œuvre pour favoriser la fécondité de May et lui assurer qu’elle portera un garçon. L’intendante Madame Tao lui fait boire une décoction en lui assurant que « c’est ce que Mme Ta buvait quand elle attendait son fils qui était robuste« . May affirme « je veux un garçon », « c’est bien, Mme Tao lui confie, que Madame Xuan ne sera jamais la maîtresse ici tant qu’elle n’aura pas donné de fils à Maître Hung » Nous comprenons que la deuxième femme ne peut accéder à une meilleure position, car elle ne donne que des filles à maître Hung. Mme Tao donne si l’on peut dire la clef de la réussite à May afin qu’elle accède au rang de maîtresse de maison.

Dans La Troisième femme, nous assistons à des moments de complicité entre les épouses de Maître Hung, mais une certaine rivalité sous-tend le film, car Madame Ha a peur de perdre sa place privilégiée, mais tout est dans la nuance.

Tout en nettoyant des bijoux, May parle avec les autres épouses. Ces dernières lui apprennent comment se comporter au lit avec Maître Hung. Mme Xuang, la deuxième épouse, d’une très grande beauté lui donne un exemple. Elle illustre ses propos en se caressant de façon suave, mais soft avec un éventail. May est troublée.

May leur explique qu’elle ne ressent que de la douleur quand il est en elle, ses camarades lui expliquent qu’elle « doit faire semblant d’avoir du plaisir afin qu’il y en ai, et un jour tu en ressentiras pour de vraie » Mme Xuang ajoute avec une certaine nostalgie « l’accouchement laisse des traces ». Cette scène de complicité et de confidences est des plus apaisantes, elle a lieu de nuit.

Dans ce film proposé par Bodega Films, nous assistons à une autre magnifique scène de complicité des plus attendrissantes. On y voit May coiffer ses longs cheveux face à un miroir, une petite fille Nhan arrive. Dans une variation de point, la petite fille est nette tandis que le reflet de May nous apparaît floue dans le miroir. Le point de vue s’inverse quand Nhan entre dans la pièce. La petite s’assoit derrière May et reproduit maladroitement ses gestes.

La scène s’inverse comme dans un miroir, Nhan assise à la coiffeuse chantonne et joue avec des cosmétiques tandis que May la coiffe. Ce qui nous frappe c’est que leurs âges semblent assez proches, elles pourraient être sœurs ou tout au moins camarades de jeux.

La beauté picturale des images de La Troisième femme passe aussi par l’emploi du clair-obscur. Il est utilisé dans certaines scènes ce qui les magnifie. A la scène d’insouciance avec Nhan répond une autre plus sensuelle éclairée à la lueur des bougies. Maître Hung lui demande de venir vers lui à genoux. Nous partageons leur intimité tout en restant dans des images soft.

Ainsi durant une scène où femmes et enfants se nettoient dans un cours d’eau dans un moment de partage, de complicité. Il n’y a pas d’excès de nudité, mais un morcellement du corps, personne n’est dévêtu durant cet innocent moment de complicité teinté par moment d’une légère suavité.

La vie de cette famille est marquée par un côté traditionnel, culturel d’un autre temps. Lien une des petites à ses premières règles. Nous apprenons que cela marque son entrée dans l’âge adulte, cela veut dire qu’elle est en âge d’être mariée. L’insouciance l’innocence semblent mises à mal.

Plus vous plongez au cœur de l’intrigue de ce film proposé par Bodega Films, plus vous serez à la fois émue et charmé par cette œuvre riche en sentiment. Tout en étant séduit par la poésie des plans et des images de La Troisième femme. Dont dans des plans sur : l’eau, des fleurs magnifiques qui se révèlent être du poison, d’une beauté empoisonnée. Ces plantes auront une place importante dans ce film où elles ne sont peut-être pas les seules beautés empoisonnées.

Nous apercevons souvent des plans sur des chenilles, des chrysalides. Nous découvrons qu’ils vivent du travail de la soie. Les différentes étapes de celles-ci marquent le rythme des saisons et de l’avancée du temps d’une façon métaphorique des plus poétiques.

May pour son plus grand bonheur finit par tomber enceinte. Cela nous est introduit par un plan d’elle, dont on voit en premier le ventre arrondi. May est souriante, elle joue avec Nhan. Elle semble toute proche d’atteindre son objectif.

Un peu plus tard dans La Troisième femme nous voyons de nouveau l’homme âgé. Tout en posant la main sur le ventre de May, il lui dit « Je comprends pourquoi c’est toi la préférée de mon fils en ce moment ». Le vieil homme sous-entend qu’elle porte peut-être en son sein un fils, ce qui lui assurerait le rôle de maîtresse de maison. Mme Ha surprend leur conversation.

Cette scène tourne de nouveau autour semble-t-il d’un protocole, d’une tradition. Madame Ha lave le corps du vieil homme. Scène de déférence que l’on voit à travers un morcellement du corps de ce vénérable vieillard dans une sorte d’hommages aux aînés.

Madame Ha distille son venin tout au moins fait preuve d’une certaine jalousie « père vous ne devriez pas trop la gâter » Peut-être se sent-elle menacée, a-t-elle peur de perdre son rôle envié de première femme, de maîtresse de maison.

On peut être tenté de voir dans La Troisième femme une certaine importance des reflets, miroir toujours dans le même ordre d’idée. May dos à nous est face à un miroir, le reflet de Madame Ha qui semble l’observer est flou. Elle rappelle May à l’ordre tout en lui remémorant tout au moins pour le moment sa position « ne confie pas tes eaux sales à Lien, elle est bientôt en âge de se marier, ce sera une maîtresse de maison ce n’est pas ta domestique tu as compris ».

Elle regagne les faveurs de Maître Hung dans l’espoir de lui donner de nouveau fils et de conserver sa place. La scène est sensuelle, sans être crû. Une fois finit, il rejoint la couche de May qui entrouvre les yeux. La musique des plus empathiques est en parfaite accord avec ce qu’elle ressent.

Pour en revenir à la poésie de la photographie de La Troisième femme, ce sont je trouve les superbes plans de nuit aux nuances bleutées qui m’ont le plus enchantés. Dont l’une où l’on voit des lampions à la lumière rouge se déplacer.

De multiples intrigues sous-tendent l’action : rivalités, rapprochements, amitiés, amours, avec un homme rébellion, liaisons. Tout n’est pas totalement rose dans cet univers. May surprend entre autres Mme Xuan en fâcheuse posture. Dans ce film proposé par Bodega Films la mise en garde voire les menaces ne semblent jamais loin. Ainsi un couple est puni pour avoir eu un enfant hors mariage. Les représailles sont plus lourdes pour la femme que pour l’homme.

Nous suivons pas à pas l’évolution de May qui va finir par s’ouvrir à l’éveil des sens et de son corps. Peu habitué aux émotions et à l’amour, on a l’impression qu’elle nourrit de l’intérêt pour Mme Xuan. May est un personnage complexe, une enfant confrontée trop vite au monde des adultes.

Au-delà d’un sujet dramatique, émouvant sur le mariage arrangé dont l’issue peut-être parfois des plus dramatiques La Troisième femme d ‘Ash Mayfair est une œuvre d’une grande poésie. On assiste parfois à de somptueuses cérémonies de mariage ou autres, dont nous voyons les préparatifs. Les lieux sont parfois envahis par la brume leur donnant presque un aspect irréel. Le fils de Mme Ha ne veut pas se marier avec une inconnue, il est amoureux. Sa mère pour le consoler lui confie « Je ne connaissais pas non plus ton père, je l’ai rencontré le jour de nos noces. « Sans grande surprise nous découvrons que Mme Ha a connu le même destin que May, tout comme certainement Mme Xuan.

La Troisième femme d’Ash Mayfair proposé par Bodega Films est une œuvre magnifique qui saura vous toucher, vous captiver. Dans ce film on peut souligner la performance des acteurs. Les jeux de regards, les attitudes en disent long, il n’y a pas de surenchère tout est dans la retenue, il n’y a pas de théâtralité excessive. De plus les émotions sont restituées à merveille par la musique qui est en total adéquation avec la scène qu’elle illustre. ||

Suivez avec passion et compassion May dans son passage précoce au statut de femme grâce au film la Troisième femme d’Ash Mayfair

La Troisième femme d’Ash Mayfair. Bodega Films. Durée 1h36.

Date de sortie le 19/08

Pour plus d’info: http://www.bodegafilms.com/

Rédactrice freelance, Pigiste

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