Culture

Laissez-vous émouvoir par le portrait bouleversant de deux femmes dressés par Madame de Lafayette

La Princesse de Montpensier suivi de La Comtesse de Tende de Madame de Lafayette. Photo: Philippe Lim
La Princesse de Montpensier suivi de La Comtesse de Tende de Madame de Lafayette. Photo: Philippe Lim

Promise et éprise depuis son plus jeune âge au duc de Guise. Marie de Mézières se voit contrainte par sa famille d’épouser un autre homme. Elle devient la princesse de Montpensier tout en se résignant à son sort. Cependant, le destin la met de nouveau en présence du duc de Guise ravivant une flamme qu’elle croyait éteinte.

Prenant. Emouvant. Voici les termes qui caractérisent le mieux ces deux nouvelles de Madame de Lafayette. Hugo Poche Classique nous offre l’opportunité de découvrir ces deux portraits de femmes peu connus, mais qui méritent le détour.

La Princesse de Montpensier de même que la Comtesse de Tende incarnent à merveille l’expression « le cœur à ses raisons que la raison ignore ». Voici comment Madame de Lafayette définie la Princesse de Montpensier : « une des plus belles princesses du monde qui aurait sans doute été la plus heureuse si la vertu et la prudence eussent conduites ses actions ». Cela résume assez bien cette nouvelle de même que celle qui l’accompagne dans ce livre proposé par Hugo Poche Classique.

Il est intéressant de noter que la Princesse de Montpensier fut publiée anonymement en 1662. EIle fut considérée à sa première publication comme un « petit chef d’œuvre ». De plus ce court récit « fonde l’art classique de la nouvelle ».

Plus précisément le nouveau genre littéraire de la «nouvelle historique ». Ainsi «la Princesse de Montpensier est la première œuvre littéraire française à utiliser l’Histoire de France comme trame romanesque ». La « sobriété de son écriture et l’efficience du récit renouvelle également les codes du genre narratif ».

Les Éditions Hugo Poche Classique nous donne la chance de découvrir la Comtesse de Tende de Madame de Lafayette. Cette dernière plus courte que la précédente est inédite jusqu’en1678. A travers ces deux nouvelles historiques l’auteur entend montrer« les ravages et la force dévastatrice de la passion dans l’existence d’une femme ». La Princesse de Clèves leur fait écho en 1678.

Je vous invite à lire l’avant-propos de ce livre proposé par les Éditions Hugo Poche Classique. Il est loin d’être ennuyeux, bien au contraire ce dernier est des plus enrichissant. Ainsi cet avant-propos, nous éclaire sur Madame de Lafayette, sur l’œuvre elle-même et bien d’autres choses encore.

Madame de Lafayette est reconnue comme étant « une observatrice avisée des mœurs et intrigues de la cour qu’elle restitue à merveille dans ses écrits ou dont elle c’est inspirée ». Boileau la décrit en ces termes élogieux « c’est la femme du monde qui a le plus d’esprit et qui écrit le mieux ».

Cet avant-propos des plus riches m’en a appris un peu plus sur un auteur que finalement je connaissais peu. Principalement, pour avoir lu comme je pense beaucoup d’entre nous la Princesse de Cléves à l’école.

J’ai ainsi découvert que « ce n’est qu’en 1659 lorsque Madame de Lafayette, l’une des femmes de lettres les plus renommées de l’époque de Louis XIV s’installe définitivement à Paris qu’elle commence à faire paraître ses premiers récits. La haute position qu’elle occupe à la cour ne lui permettant pas de se comporter comme une vraie auteur ». C’est pourquoi toutes ses œuvres sont publiées de manière anonyme.

En ce qui concerne la Comtesse de Tende, cette nouvelle est publiée de façon posthume. De plus, nous apprenons dans l’avant-propos de ce livre proposé par les Éditions Hugo Poche Classique que la nouvelle la Princesse de Montpensier se présente comme « réaliste » à la manière des nouvelles historiques du XVIIIe siècle. « Elle est tissée autour d’un récit, mais il s’agit d’une pure invention romanesque qui met en scène héros réels et héros fictifs ».

De même, Madame de Lafayette « fait preuve d’une audace incroyable lorsqu’elle représente sans fard des personnages contemporains appartenant à la grande noblesse comme contreexemple ». Il valait donc mieux pour elle qu’elle publie ses œuvres de façon anonyme.

Cet avant-propos des plus complet s’intéresse ensuite à la nouvelle la Princesse de Montpensier en elle-même ainsi qu’à l’œuvre de Madame de Lafayette. La passion amoureuse thématique centrale de son œuvre y est décrite comme une fatalité « l’amour conduit au malheur ».

Cette idée s’incarne parfaitement dans ces deux nouvelles au cœur de ce livre proposé par Hugo Poche Classique. Ainsi ici « la passion amoureuse prend au piège les personnages et les conduits à se perdre moralement ».

Nous apprenons de même que « Madame de Lafayette s’attache bien plus à l’authenticité des sentiments aux désordres de la passion qu’à la réalité historique ». De plus on découvre que l’auteur dépeint sans filtre une société où les plus fragiles que ce soient les femmes ou les personnes « justes et sincères » comme le comte de Chabanne « sont impitoyablement broyés ».

Faisons maintenant connaissance avec la Princesse de Montpensier. La première nouvelle au cœur de ce livre proposé par Hugo Poche Classique. Dès le début l’attention du lecteur est captivée. Ainsi « Pendant que la guerre civile déchire la France sous le règne de Charles IX, l’amour ne laisse pas de trouver sa place parmi tant de désordre et d’en causer beaucoup dans son empire ».

On a qu’une envie poursuivre notre lecture. De même on retrouve un thème cher à Madame de Lafayette « l’amour conduit au malheur ». De pauvres âmes, de pauvres êtres vont se trouver fracassés par lui. La Princesse de Montpensier débute par une mise en situation. Nous faisons connaissance avec la fille unique du marquis de Mézières future princesse de Montpensier. De même qu’avec un autre personnage clé de cette nouvelle proposée par Hugo Poche Classique.

Cette jeune fille était promise au duc de Guise. Cependant le mariage est retardé du fait de son extrême jeunesse. Ce dernier à force de la côtoyer voyait en elle les « commencements d’une grande beauté ». De ce fait « il en devient amoureux et en fut aimé ». Ils cachaient leur amour avec beaucoup de soin.

On retrouve dans la Princesse de Montpensier de Madame de Lafayette une « figure de l’amour contrarié ». Cette dernière est associée à des intrigues de cour empêchant cette union de deux cœurs amoureux. Les parents manigancent afin de faire épouser leur fille par intérêts. « S’apercevant de l’avantage qu’elle recevrait de ce mariage ».

Nous retrouvons de même dans cette nouvelle au cœur de ce livre proposé par Hugo Poche Classique des sentiments forts qui vont empoisonner les protagonistes. Parmis ceux-ci, on peut citer : le ressentiment, la rivalité et la haine de même que la jalousie.

Le duc de Guise prit ce procédé comme « un affront insupportable ». A la fois touché dans sa fierté et dans ses sentiments « le ressentiment éclate bientôt malgré les réprimandes des siens ». De même, il s’emporta avec tant de violence en présence même du prince de Montpensier « qu’il en naquit entre eux une haine qui ne finit qu’avec leur vie ».

Dans un premier temps, Mademoiselle de Mézières nous apparaît comme une jeune femme vertueuse pleine de qualités. Elle se fait une raison et épouse le prince. Ainsi « connaissant par la vertu (..) se résolut enfin de suivre les sentiments de ses proches conjura le duc de Guise de ne plus apporter d’obstacle à son mariage ».

Une fois celui-ci célébré le prince de Montpensier l’emmena à Champigny « séjour ordinaire des princes de sa maison ». Cela afin de l’éloigner de Paris où selon lui l’effort de guerre allait arriver. Ils sont accompagnés par le comte de Chabanne ami du prince d’un âge plus avancé et aux « mérites extraordinaires ». Cela afin de fuir les intrigues de cour sous fond de confit.

Nous sommes amenés ensuite dans la Princesse de Montpensier à faire plus ample connaissance avec le comte de Chabanne. Cet homme à l’esprit fort doux et fort agréable gagne l’estime de la jeune femme. Cette dernière lui prodigue autant de confiance et d’amitié que son mari.

Le comte pour sa part voit avec admiration tant de beauté d’esprit, de vertu qui selon lui « la rendrait en peu de temps une des personnes les plus achevées du monde ». Cependant du fait de sa place et de sa fonction le prince retourne à la cour où la continuation de la guerre l’appelle. Il laisse sa femme aux bons soins de son ami.

Peu à peu dans cette nouvelle proposée par Hugo Poche Classique la confiance augmente entre le comte et la princesse de Montpensier. Cette dernière voit en lui un ami, un confident. La jeune femme lui apprend que les sentiments qu’elle a eu pour le duc de Guise se sont presque éteints.

Selon cette dernière « il ne lui en reste que ce qu’il faut pour défendre l’entrée de son cœur à une autre inclinaison ». La jeune femme ajoute sa « vertu n’a que de mépris pour ceux qui oseraient avoir de l’amour pour elle » Parole peu charitable quand on sait ce qui l’attend.

Le comte « devient passionnément amoureux. Il l’aime de la plus violente et de la plus sincère passion ». Il arrive à cacher ses émotions pendant un an. Cependant tout au moins dans La Princesse de Montpensier « Le coeur à ses raisons que la raison ignore ». Le comte finit par se déclarer. La jeune femme l’éconduit froidement arguant entre autres sa vertu. Croyant mourir de honte, le comte l’assure d’oublier ses sentiments et de rester son ami dévoué.

Cependant bien que mettant en avant sa vertu on ne peut que se questionner dessus ainsi que sur son empathie, sa sensibilité. Ainsi aveugle aux sentiments du comte de Chabanne son compagnon d’infortune, la princesse de Montpensier se sert à nouveau de lui comme d’un confident.

La jeune femme lui reparle de son inclinaison pour le duc de Guise. Cependant « toutes ses marques de confiance qui avaient été si cher à son cœur lui devenaient insupportable ». On peut être tenté d’y voir les prémisses d’une douce jalousie.

Finalement au bout de deux ans le prince revient. Dans cette nouvelle proposée par Hugo Poche Classique, il est l’un des rares personnages à nous apparaître limite comme antipathique. Ainsi de retour après tant de temps sa femme lui semble être une étrangère.

Il est surpris de la voir d’une « beauté d’une grande perfection ». Cela réveille en lui « le sentiment de jalousie qui lui était naturelle. Il en eu quelques chagrins prévoyant qu’il ne serait pas le seul à la trouver belle ».

Paradoxalement, le comte Chabanne nous apparaît comme un personnage positif, plein de valeurs. On ne peut que ressentir de l’empathie pour lui. Car oubliant ses propres sentiments, il sert d’intermédiaire entre les deux époux.

Cependant dans cette nouvelle proposée par les Éditions Hugo Poche Classique on sent une menace sous-jacente. On s’attend donc aux pires pour la suite de l’histoire. Ainsi la paix ne fait que paraître. Le destin semble capricieux, se jouer des personnages dans la Princesse de Montpensier de Madame de Lafayette. Ainsi, une nouvelle guerre est déclarée. Le prince et le comte quittent Champigny.

Paradoxalement la renommée croissante du duc de Guise ancien prétendant de la jeune femme. De même que l’amitié que lui témoignait le duc d’Anjou étaient vue d’un mauvais œil par le prince. Ce dernier des plus rancunier et jaloux haïssait le duc de Guise et le voyait comme un ennemi.

De nouveau dans la Princesse de Montpensier le destin se joue des protagonistes en ravivant une ancienne flamme et attisant la jalousie du mari. Ainsi les ducs d’Anjou et de Guise demeurent pas loin de Champigny.

Lors d’une promenade durant laquelle ils se perdent. Tous deux finissent par croiser la route de la princesse de Montpensier. Mis face à face, les anciens amants rougissent. Les deux hommes accompagnent la jeune femme chez elle. Cela causa un extrême étonnement au prince quand il les reconnaît.

Ce dernier tout au long de cette nouvelle proposée par Hugo Poche Classique se laisse guider par ses émotions et a du mal à les cacher. Ainsi sa haine et sa jalousie firent « qu’il ne put cacher le chagrin qu’il ressentait ». Il tente toute fois d’en cacher la cause.

De même le comte de Chabanne secrètement épris de la princesse de Montpensier avait encore plus de chagrin que son ami. Cependant cet homme bon ne semble pas guidé par la jalousie, mais plutôt  par anticipation voire par empathie.

C’est pourquoi il voyait dans ses retrouvailles comme un mauvais augure. De même que le hasard les fit se rencontrer, selon lui ne sera pas sans conséquence. La suite de la Princesse de Montpensier de Madame de Lafayette va malheureusement lui donner raison.

Dans cette nouvelle proposée par les Éditions Hugo Poche Classique la jeune femme ainsi que sa beauté et ses valeurs ne laissent personne de glace cela pour son plus grand malheur. Le Duc d’Anjou lui-même tombe sous son charme.

Tous vont se brûler plus ou moins les ailes à l’ardeur de leur sentiment que ce soit la jalousie, l’amour. Le comte Chabanne nous apparaît comme un homme sincère. Il n’hésite pas à se sacrifier ou tout au moins ses émotions pour le bonheur des autres.

Dans cette nouvelle proposée par Hugo Poche Classique, il sera de multiples fois à l’origine de mises en garde envers la princesse de Montpensier. Malheureusement comme c’est souvent le cas dans les contes et dans cette nouvelle. La jeune femme n’en tient pas compte aveuglée par ses émotions. Une lutte intérieure se livre en elle opposant la vertu à la passion. On voit de même son attitude changer. Elle se montre parfois cruelle envers ce pauvre comte Chabanne.

Nous sommes plus que captivés par cette nouvelle proposée par Hugo Poche Classique qu’on lit d’une traite. Riche en émotions et en rebondissements la Princesse de Montpensier nous livre le portrait d’une femme déchue dont la cause de sa perte sont ses émotions. Elle va se brûler aux flammes de la passion.

Le dernier récit au cœur de ce livre proposé par Hugo Poche Classique est une nouvelle historique. Madame de Lafayette nous invite ensuite à faire connaissance avec la Comtesse de Tende. Pour le coup, on serait tenté de voir en elle une héroïne tragique enfin si on peut dire. Melle de Strozzi fille du maréchal et proche parente de Catherine de Médicis épouse le comte de Tende. Mariage arrangé avec un homme riche et plus âgé qu’elle.

La jeune femme l’aima d’abord avec toute la passion de la jeunesse. Tandis que lui la voyait comme une enfant. Il délaisse donc sa femme au profit d’une autre. L’intensité de jalousie de la jeune femme fit qu’il fuyait sa présence. Cependant la beauté de la comtesse augmente. De même, elle fit paraître beaucoup d’esprit et devient source d’admiration. La comtesse de Tende en oublia « sa passion et sa jalousie ».

Nous sommes amenés à faire la connaissance de plusieurs protagonistes au cœur de cette intrigue. Dont la princesse de Neufchâtel belle et le partie le plus élevé de la cour. De même que le chevalier de Navarre qui n’a d’autres fortunes que son nom.

Ce dernier n’est pas épris de la princesse, mais voit en elle une femme qui pourrait lui apporter la fortune. Il va requérir l’aide d’un ami du comte de Tende pour accélérer le processus. Ce dernier demande l’aide de sa femme pour qui il commence à avoir de la considération. La princesse a déjà fait part à cette dernière de son inclinaison pour le chevalier.

Nous retrouvons dans la Comtesse de Tende de Madame de Lafayette des intrigues de cours, mais surtout la figure de l’amour comme source de malheur. Cette fois dans cette nouvelle proposée par Hugo Poche Classique l’issu sera tragique.

Malheureusement à force de côtoyer la comtesse pour arriver à ses fins avec la princesse le chevalier de Navarre et la comtesse de Tende vont finir par tomber éperdument amoureux. On ressent cette fois dans la Comtesse de Tende de Madame de Lafayette de l’empathie. La pauvre est tiraillée par ses émotions. La jalousie, le doute, la cruelle incertitude les remords la torturent.  Mais comme nous l’avons vue précédemment «le cœur a ses raisons que la raison ignore ».

Cependant la trahison est aussi au cœur de cette nouvelle proposée par Hugo Poche Classique. Le chevalier veut renoncer à tout pour elle. Alors que la comtesse de Tende ne veut pas mettre à mal la fortune que son amant gagnerait par ce mariage. Leur union étant impossible. Tous deux souffrent d’une passion déraisonnable.

On retrouve de nouveau dans la Comtesse de Tende de Madame de Lafayette la notion de mauvais présage et de mise en garde. Comme précédemment cette dernière n’est pas prise en compte. « Renoncez à une passion aussi déraisonnable que celle que vous me témoignez et qui nous conduira peut-être à d’horribles malheurs » lui dit le chevalier de Navarre. Malheureusement pour lui et heureusement pour nous cela sera bien le cas.

Cette nouvelle historique proposée par les Éditions Hugo Poche Classique est riche en rebondissements. Il y aura d’autres figures de mises en garde et de rappel à l’ordre dont il ne sera pas tenu compte. La comtesse joue un cruel double jeu, car la princesse lui rapporte ses doutes. Elle se confit à celle qui est à l’origine de ses malheurs. On peut de même voire une cruelle ironie quand le comte de Tende dresse un portrait peu flatteur de la maîtresse du chevalier de Navarre sans savoir que c’est sa femme et surtout devant cette dernière.

Les deux femmes au cœur de ce recueil de nouvelles proposé par Hugo Poche Classique vont se perdre et abandonner leurs vertus au profit de leurs passions. Parfois leurs manigances et intrigues ne sont pas sans conséquences pour ceux qui les entourent.

Découvrez le destin de deux femmes qui ont délaissé leurs vertus aux profit de leurs passions grâce à Madame de Lafayette

La Princesse de Montpensier suivi de la Comtesse de Tende de Madame de Lafayette. Editions Hugo Poche Classique

Prix : 2 €

Pour plus d’info : https://www.hugopublishing.fr/

Rédactrice freelance, Pigiste

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