Culture

Laissez-vous émouvoir par les portraits à la fois émouvants et troublants de ceux des marais de Virginie Barreteau

Ceux des marais de Virginie Barreteau. Éditions Inculte. Photo: Philippe Lim
Ceux des marais de Virginie Barreteau. Éditions Inculte. Photo: Philippe Lim

Dans un paysage de marais au début des 60, un médecin fait ses tours durant lesquelles il visite ses patients. De maison en maison, le docteur va à la rencontre d’une population à la fois miséreuse et isolée. Certains sont encore méfiants à son encontre, ils restent fidèles à leurs coutumes, leurs superstitions et à une guérisseuse.

Au-delà de sa profession, le docteur est passionné de photographie. Il est séduit par la beauté picturale des lieux et vise à capturer les âmes. Le docteur cherche le cliché pris sur le vif, met en scène ses sujets dont certains sont réticents. Cependant il semble lui-même ne pas voir au-delà des apparences, être limité par ce qu’il voit à travers son objectif. La disparition de Pacot un de ceux des marais va mettre à mal la routine du docteur et de ses patients.

Émouvant. Troublant. Captivant. Voici les termes qui caractérisent le mieux Ceux des marais de Virginie Barreteau. Cet ouvrage proposé par les Éditions Inculte est rédigé dans un style imprègne du parler, du patois de ces personnages. Nous voyons l’histoire à travers différents points de vue dont principalement celui du médecin. Dans Ceux des marais nous suivons ce dernier quand il entreprend son grand tour. Nous sommes confrontés durant notre lecture de ce livre proposé par les Éditions Inculte à la façon de vivre ou plutôt de survivre de ces gens de peu.

On peut noter parfois un certain dédain dans les propos du médecin à l’encontre de ceux des marais. Cependant il est lui-même en bute à l’hostilité des habitants. Ainsi bien qu’il officie auprès de ceux-ci depuis des années le docteur est toujours vu au mieux comme un étranger. « A croire que les autres ont besoin de quelqu’un qui leur ressemble pour les soigner. Ils ne se laisseront sans doute jamais toucher par un étranger », « cul terreux se dit-il en riant ». Cependant ces derniers le lui rendent bien. Ainsi la sagefemme ou plutôt guérisseuse du coin sa concurrente directe si l’on peut dire le traite de « parasite ».

Les gens simples au cœur de Ceux des marais de Virginie Barreteau restent attachés aux traditions, aux superstitions. Ils voient les progrès de la médecine et la photographie avec un œil suspicieux voire presque comme de la magie. Ils sont donc méfiants à son encontre, obstinés, enfermés dans leur tradition. Ainsi quand le médecin demande pourquoi on ne l’a pas appelé au lieu de la guérisseuse. On lui répond « ça nous regarde ».

Ce livre proposé par les Éditions Inculte nous livre sans filtre la dure réalité des conditions de vie de ceux des marais et nous dresse de même des portraits des plus émouvants de gens simples, souvent résignés. Durant ses visites le docteur se rend dans chaque maison de son tour et ausculte chaque membre de la famille. Un par un chacun s’assoit sur une chaise devant lui.

Ses consultations ont lieu la plupart du temps dans la cuisine ou le salon quand il y a plusieurs pièces. Les habitations sont uniquement accessibles par plate. Il s’agit de barque à fond plat que ceux des marais construisent avec les moyens au bord à savoir les planches qu’ils ont sous la main.

Tout au long de ce livre de Virginie Barreteau proposé par les Éditions Inculte nous suivons le docteur lors de ses visites. Nous avons accès à ses pensées ainsi qu’à celle d’autres protagonistes. Du fait du statu d’étranger qui lui colle à la peau « quand le docteur avait besoin de se faire entendre »il avait parfois recours à « des mots compliqués pour faire autorité ». Il est confronté à des gens simples qui tout au long de Ceux des marais nous semblent tous plus ou moins attachant.

Le docteur fait face à leurs croyances, préjugés qui ont la dent dure. Ils ont peur de ce qu’il ne connaisse pas que ce soit au niveau des traitements médicaux. Ainsi « ce n’est pas la voiture qui est fichue c’est elle qui croit que ça va la tuer ce fameux rayon X ». Pour certains c’est une expédition d’aller en ville pour les examens. D’autres vivent mal leur maladie qui les empêche de travailler. Ils se sentent inutiles.

Ceux des marais sont aussi effrayés par la photographie qui est accessoirement le passe-temps du docteur. Ils rejoignent ici une croyance selon laquelle la photo prend l’âme de la personne. On retrouvait cette idée chez les indiens il y a bien longtemps.

Pour ceux des marais les photos par superstition et incompréhension « prennent une part d’eux de leur esprit ». Condescendant, ironique le docteur pense en riant « ils en ont déjà si peu ». Parfois au lieu d’être payé, il leur propose de lui servir de modèle cela avec plus ou moins de résultats.

On peut noter tout au long de ce livre proposé par les Éditions Inculte de nombreuses références ou parallèles avec la photographie. Passion de ce cher médecin depuis ses études de médecine. La lecture de Ceux des marais de Virginie Barreteau est des plus enrichissante. On apprend de nombreuses choses tout au long de ce livre proposé par les Éditions Inculte. Cela dans un style des plus abordable et qui colle au sujet.

Ainsi le médecin prescrit du bromure de potassium à une de ses patientes « un produit dont il se sert pour la photo ». Cela tout en étant « un excellent sédatif ». De même « le docteur se rappelle les débuts de la radiographie. Partout dans la moindre ville les cabinets de radiographie avaient alors ouvert : dans les foires et les fêtes foraines. Nouvelle attraction prenant place à côté de celle de la ferme gorille (…) jusqu’à ce que pour des raisons de dangerosité on en réserve uniquement l’accès aux médecins et aux patients ».

Toujours dans l’idée de parallèle avec la photographie on peut noter « avant cette invention pour voir l’intérieur d’un corps on mettait derrière celui-ci un ruban de magnésium dans une pièce obscure. Le docteur aimait ranimer en lui ces images. Ces mêmes rubans, il les utilisait parfois pour la photo ». De même, la première expérience qu’il a eu à la faculté avec la radiographie durant laquelle il a pu voir une main radiographie « c’était pour lui la toute première photo ».

On peut observer tout au long de Ceux des marais de Virginie Barreteau une certaine nuance poétique frôlant parfois le brut et dur. Elle transparaît dans la vision qu’a le docteur des paysages. Ainsi que dans les portraits et tranches de vie que nous livre l’auteur et le médecin. Tout comme dans la mise en scène de certains clichés qu’il prend « Il lui fallait trouver les matières pour faire apparaître sa vision, les incarner tel qu’il les avait vues et ressentie ». Cela en regard de ses photographies des paysages. Cependant on peut se demander s’il ne veut pas faire plier la réalité à sa vision.

Dans ce livre proposé par les Éditions Inculte nous découvrons que le docteur prend des photos « non pour les fixer (ceux des marais) il tenait plutôt à les voir s’ouvrir comme des chambres obscures ». Cet homme semble chercher l’expression pure au-delà des apparences capter une expression fugace, un instant pris sur le vif. « Voir qui habitait ce corps ».

Leur routine va être rompue entre autres par deux événements : la disparition de Pacot un de ceux des marais et l’apparition d’un vieil homme égaré. Durant Ceux des marais de Virginie Barreteau nous avons la sensation que le docteur sublime la réalité par l’image. Il ne veut ou ne peut pas voir la réalité à l’état brut. Voire plus exactement la triste réalité qui se cache au cœur de ceux des marais.

Bien à l’abri derrière son objectif, sa vision artistique ou peut être son dédain il ne semble pas voir ce qui se cache au-delà. Car dans ce livre proposé par les Éditions Inculte chacun ou presque cache sa part d’ombre : inceste, grossesse, secrets, disparitions….

Cependant tout comme la majorité des autres personnages au centre de Ceux des marais le docteur nous apparaît comme des plus touchant, complexe. Il va parfois au-delà de ses fonctions sorte de vigie, ange gardien. Le docteur répare la barque ou plus exactement la plate d’un de ses patients.

Pendant ce temps la disparition de Pacot est le sujet de conversation de tous, le sujet d’inquiétude. Certains reproches au docteur de ne pas faire le nécessaire « et Pacot ? vous avez toujours mieux à faire que de vous occuper de nous autres ». Phrase renforçant de nouveau l’écart entre eux. Cependant le docteur ne leur est pas totalement insensible. On pourrait plutôt y voir de l’incompréhension ou un écart entre deux cultures.

Tout au long de Ceux des marais de Virginie Barreteau il devra tout comme nous voir au-delà des apparences et apprendre à accepter l’autre. Ce livre proposé par les Éditions Inculte se compose de courts chapitres qui nous livrent des tranches de vie de ceux des marais dans un style facile à lire. Nous sommes captivés par l’intrigue de cet œuvre de Virginie Bandeau pour ma part je l’ai fini en deux jours.

Pénétrez au cœur de la vie et des secrets de Ceux des marais de Virginie Barreteau

Ceux des marais de Virginie Barreteau. Editions Inculte Prix : 16,90€

Pour plus d’info : https://inculte.fr/

Rédactrice freelance, Pigiste

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