Culture

Partagez la douce solitude de deux âmes perdues qui apprennent à s’apprivoiser dans Sole de Carlo Sironi.

Sole de Carlo Sironi. Distribution: Les Valseurs
Sole de Carlo Sironi. Distribution: Les Valseurs

Ermanno un jeune solitaire survit de combines dans une Italie où son avenir semble incertain. Sa route va croiser celle de Lena, une jeune femme de 22 ans qui porte l’enfant que Fabio l’oncle d’Ermanno et sa femme vont adopter à sa naissance.

Alors qu’il est chargé de veiller sur elle, un lien se tise entre ses deux êtres solitaires poussant Ermanno à espérer plus et à s’imaginer en père de cet enfant.

Emouvant. Intense. Voici les termes qui caractérisent le mieux Sole de Carlo Sironi distribué par Les Valseurs. Le réalisateur par sa mise en scène plus centrée sur les émotions, les ressentis, la solitude des personnages, nous donne à voir pour notre plus grand plaisir un drame humain où l’on peut observer parfois la pureté des images reflets de celle des sentiments.

Dans un premier temps, Sole se centre sur le personnage principal à savoir Ermanno et insiste sur sa solitude. Il est souvent à l’écart, seul à l’image. Le film proposé par Les Valseurs s’ouvre sur un plan se déroulant dans une boite de nuit, sous fond de musique dissonante. La caméra se centre sur un jeune homme de profil qui observe la fête à l’écart. Il traverse la foule à cet instant nous assistons à un fondu au noir sur lequel le titre apparaît.

Sole de Carlo Sironi se poursuit sur une scène de jour où l’on voit deux personnes sur un scooter. L’une d’elle descend pour en voler un autre. Tous deux se rendent à la case pour le vendre. Nous découvrons le jeune homme en train de jouer aux machines à sous. Nous avons la sensation qu’il s’agit d’un joueur compulsif prêt à toutes les petites combines pour avoir de l’argent et s’adonner à son passe-temps des plus dépensier.

Jusqu’à maintenant pas un seul mot n’a été prononcé dans ce film proposé par Les Valseurs. Il se centre pour le moment sur Ermanno, car oui c’est de lui qu’il s’agit et nous fait ressentir ce qu’il ressent : un sentiment de solitude.

Un homme arrive dans le champ et le regarde avant de lui dire qu’ils doivent y aller. Absorbé par son jeu Ermanno lui demande d’attendre. Il gagne. Le plan suivant de Sole de Carlo Sironi, nous montre Ermanno qui semble à nouveau seul jusqu’à ce qu’on voit le lieu en plan large l’homme est assis à la même table que lui. Deux femmes arrivent l’une d’elle leur présente Lena. La caméra s’éloigne, nous découvrons que Lena est enceinte. Durant un cours instant, elle est seule à l’écran.

Au cours de ce film proposé par Les Valseurs nous nous rendrons compte que la majorité du temps Ermanno tout comme Lena apparaissent seul ou mis à l’écart. Nous assistons à la transaction ou plus exactement aux pourparlers l’homme va acheter le bébé de Lena. Il remet de l’argent à Ermanno pour que ce dernier subvienne aux besoins de Lena.

Ils vont s’installer chez lui Ermanno laisse à la jeune femme sa chambre tandis que lui va s’installer dans une autre. Tous deux se mettent à partager si l’on peut dire leur solitude. Au début, ils sont chacun de leur côté. Il semble cohabiter plus que vivre ensemble. On a l’impression qu’il y a une certaine distance entre eux. En même temps, ils se côtoient car Ermanno est payé pour s’occuper d’elle et non par choix.

Dans ce film proposé par Les Valseurs, Carlo Sironi nous distille goutte à goutte les clefs de l’intrigue tout en jouant sur les attentes du public. Ermanno accompagne Lena à sa première visite de suivi. Il se présente comme étant le père de l’enfant. Lorsque le médecin demande le dossier médical, ce dernier est étonné qu’il ne soit pas écrit en italien et les interroge sur la nature de la langue dans laquelle il est rédigé.

Ermanno explique qu’il est écrit en polonais et que Lena vient juste d’arriver. Il fait ensuite la liste des plus précise de leurs demandes. Ils veulent connaitre le sexe de l’enfant et requiert un examen génétique. Ce dernier détail étonne le médecin au vu de l’avancement de la grossesse. Il recommande à la place de réaliser sur la mère un dépistage sanguin.

Ermanno durant cette scène et cela sera aussi souvent le cas durant Sole semble toujours un peu effacé, absent, en retrait voire limite en mode veille. On retrouve aussi ce trait de caractère chez Lena qui durant cette échographie et autres rendez-vous médicaux, nous apparaît distante peu concernée par ce qui se passe. Elle ne fixe pas un seul moment l’écran de l’échographie. Le silence qui régnait jusque-là est brisé par les battements de cœur du bébé qui emplit la pièce. Le médecin propose à Ermanno, père supposé, de venir voir le bébé. Lena détourne le regard comme si elle avait peur de s’attacher au bébé ou comme si elle y avait déjà renoncé.

Sole de Carlo Sironi. Distribution: Les Valseurs
Sole de Carlo Sironi. Distribution: Les Valseurs

 Dans ce film proposé par Les Valseurs, il n’y a pas à proprement parlé de gentil ou de méchant. Dans Sole de Carlo Sironi, nous faisons la connaissance de personnes à qui il manque quelque chose, mal dans leur peau, des êtres fragiles, complexes.

Un peu plus tard, Bianca accueille les deux jeunes gens dans son luxueux appartement. Un homme le rejoint on reconnaît celui du début. Bianca est préoccupée, sur les nerfs. Nous découvrons sans grande surprise que c’est le couple a qui est destiné l’enfant. Bianca se détend quand elle apprend que c’est une fille et que tout va bien. Leur rêve d’enfant est proche de se concrétiser. Quand Ermanno leur donne le numéro de téléphone du laboratoire, l’homme se précipite pour appeler tandis que Bianca conduit Lena aux toilettes. Ermanno attend dans le salon seul.

Dans Sole de Carlo Sironi une cohabitation silencieuse s’instaure entre Lena et Ermanno. Ainsi dans une scène, on la voit au premier plan devant la télé tandis que lui sort non s’en avoir verrouillé la porte à double tour.

Ermanno retourne virer aux machines à sous, on retrouve le même plan qu’au début. Il nous donne l’impression d’être de nouveau seul. Le silence est uniquement rompu par le son de la machine. Son addiction au jeu et son besoin d’argent est illustré de plus en plus clairement. Nous voyons à travers un gros plan un billet de 100 € qu’il utilise pour avoir de la monnaie. On peut en déduire qu’il s’agit d’une partie le d’argent donné par Fabio supposé subvenir au besoin de la fille.

Ce film proposé par Les Valseurs enchaîne sur le profil de Lena. Elle est enveloppée dans sa couverture, s’en suis un plan sur son gros ventre. Lena se regarde dans un miroir tout en essayant de s’habiller. Dépitée, Lena se rend compte qu’elle ne peut plus rentrer dans son jean. Lena durant cette scène semble comme détaché d’elle-même, découvrir son corps de femme enceinte. Lena dit à Ermanno qu’elle a besoin d’habits. Ce dernier lui dit qu’ils vont devoir attendre qu’on leur redonne de l’argent. Nous en déduisons qu’il a tout perdu au jeu.

Sole de Carlo Sironi se centre sur les personnages, leurs émotions leurs isolements. Les images nous sont souvent montrées dans toutes leurs puretés sans bande-son. On peut noter dans ce film proposé par Les Valseurs des plans images d’une grande beauté picturale illustrant à merveille la maîtrise du réalisateur. Avec par exemple son emploi de la surimpression. On peut ainsi voir à un moment Lena seule écouter de la musique avec en surimpression sur elle le reflet de la plage. Ce plan nous est montré de l’extérieur.

Cela renforce l’impression que Lena comme Ermanno à leurs niveaux sont isolés du monde. On peut aussi noter de façon récurrente l’emploi de la variation de point (jeu sur le net et le flou). De plus, l’immense hall de l’appartement semble parfois les oppresser et renforcer leur solitude. Comme précédemment évoqué l’histoire se révèle peu à peu à nous dans ce film proposé par Les Valseurs.

Ermanno parle avec un de ses amis et lui explique qu’il vient en aide à un couple stérile qui veut un enfant. Ermanno doit juste reconnaître la petite après ils la prennent. Un avocat a- tout organisé. L’affaire semble simple tout est prévue sauf bien sûr l’imprévisible : le facteur humain. Nous découvrons que l’adoption entre personnes apparentées est plus facile. L’homme que nous avons pu voir plusieurs fois est son oncle Fabio. Nous apprenons que Bianca, sa femme est riche.

De retour à l’appartement Ermanno y retrouve son oncle qui attendait son retour. Ce dernier est tendu, nerveux ce qui contraste avec l’attitude détachée d’Ermanno. Son oncle essaye de le rappeler à l’ordre « j’ai tenté de te joindre sans succès et s’il était arrivé quelque chose à Lena ». Fabio lui demande ce qu’il a fait de l’argent et ce doute qu’il l’a joué. Il lui donne une avance sur son paiement avant de partir.

Comme souvent dans Sole de Carlo Sironi, Ermanno et Lena sont silencieux. Tous deux dans un certain sens paraissent assez semblables. Ils sont : à l’écart, détachés, peu bavard. Mais ces instants qu’ils partagent, bien qu’ils soient silencieux ne sont pas pesants comme on aurait tendance à le croire.

Dans un plan de ce film proposé par Les Valeurs, on les voit tous deux seuls assis en train de patienter. La caméra s’éloigne, on découvre qu’ils sont dans une salle d’attente assis à part des autres. Ermanno lui demande si tout va bien, elle répond par l’affirmatif. Avant de tout deux replonger dans le silence, le regard perdu dans le vide. Le trajet de retour en voiture est comme souvent dans Sole des plus silencieux.

Lena et Ermanno se rendent chez Branca et Fabio pour leur faire un compte-rendu de la visite. Ils sont chacun appuyer contre un des chambranles de la porte du salon, ce qui instaure une impression de distance entre eux. Bianca invite Lena à la survie pour lui montrer la chambre prévue pour le bébé. Bianca se confie à elle « on l’a tellement voulu si tu savais », et affirme « elle ne manquera de rien ». Raccord sur le berceau et sur la pièce. Lena comme souvent et plus particulièrement quand ça touche à la question du bébé, nous apparaît détachée, distanciée et réagie à peine. Elle semble partager ce trait de caractère avec Ermanno.

Une fois rentré comme d’habitude le jeune homme laisse Lena seul à l’appartement. La caméra remonte lentement le long du corps de la jeune femme qui est allongée alangui sur le canapé. Donnant l’impression d’insister sur son sentiment de solitude.

Dans la scène suivante de Sole, on voit Lena assis au bord de son lit sous fond de musique empathique. Quelque chose-semble clocher. Le plan suivant nous montre l’écran d’une télé où l’on peut voir les images d’une course épique Ermanno a misé sur la course. Il est ramené à la réalité par l’appel de Lena. Angoissée, elle lui dit que le bébé ne bouge plus. La musique qui est rare dans ce film proposé par Les Valseurs va à merveille avec ce moment dramatique.

Une fois à l’hôpital le médecin rassure en partie Ermanno « votre fille va bien. C’est votre amie qui nous inquiète. Elle dit que le bébé ne bouge pas, mais je l’ai senti bouger. Elle s’est plainte de sa grossesse ? » Ermanno répond par la négative « non, elle est calme ».

Dans la pièce où elle passe son échographie, seuls les battements de cœur du bébé rompes le silence comme on a déjà pu le voir. On a l’impression que bien que Lena semble détachée, insensible, est des plus silencieuses elle n’en est pas moins touchée, stressée. Peut-être que sa façon d’agir est une manière de se protéger voire que cela cache une fêlure plus importante.

Pendant ce temps, Ermanno attend avec son oncle. Nous voyons ce dernier de dos, la caméra se concentre plus sur Ermanno. Fabio le remercie pour son aide et lui demande s’il sait pourquoi il l’a choisi pour l’aider. Ermanno répond toujours avec un certain détachement qui peut comme pour Lena être le signe d’une certaine fêlure, un moyen de se protéger tout en donnant l’impression d’être sur la défensive « car je suis ta seule famille » / « je savais que tu ne dirais pas non, car tu es comme moi ». Il lui propose un travail qu’Ermanno refuse. Quand Fabio lui fait remarquer qu’il veut seulement l’aider, c’est le seul moment où Ermanno semble montrer une certaine émotion. Il est près de s’emporter « pourquoi ? Pourquoi maintenant ». Ce qui laisse présager que Fabio n’a pas souvent été présent et renforce l’idée de solitude entoure Ermanno. Nous apprenons que son père c’est suicidé.

Bianca a accompagné Lena durant son échographie. Cette dernière est immobile limite comme morte tandis que Bianca est captivée et interroge le médecin. L’intérêt de Lena est éveillé un court moment, elle fixe un instant l’écran puis retourne à sa torpeur.

Les personnages de ce film proposé par Les Valseurs plus particulièrement Lena et Ermanno sont plus complexes qu’ils semblent. On peut souligner le jeu d’acteurs qui les incarnent. Lena donne l’impression d’être quand même par moment ébranlée. Elle fume une cigarette, Ermanno lui rappelle qu’elle n’a pas le droit de fumer. Quand ils arrivent à la porte de leur immeuble et que leur routine est sur le point de reprendre, Lena lui demande une heure de liberté.

Sole de Carlo Sironi. Distribution: Les Valseurs
Sole de Carlo Sironi. Distribution: Les Valseurs

Le plan suivant nous montre de nouveau Lena seul assise dans une place déserte face à une statue. La caméra se centre sur elle. Lena est perdue dans ses pensées, jusqu’à ce que des enfants jouent autour d’elle lui arrachant un sourire. Sole de Calo Sironi enchaîne sur un plan d’Ermanno lui aussi seule qui joue aux machines à sous. Puis Lena arrive dans le champ. Elle le regarde jouer, quand il veut partir, car il n’a plus d’argent Lena veut essayer. On a l’impression qu’elle tente de se rapprocher maladroitement de lui. Ermanno lui apprend à jouer.

Dans un gros plan, nous voyons leurs deux profils côte à côte. Il la fixe des yeux un court instant Ermanno ne semble plus tout à fait indifférent. Un lien tenu commence à se créer entre eux. Ils font connaissance. Il l’accompagne refaire sa garde-robe et faire des essayages. On en apprend plus sur elle et sur ses projets.

Retour à l’immeuble la cabine de l’ascenseur reprend à la perfection le paysage qu’ils voient de leur fenêtre : l’horizon et la mer. Ermanno reçoit un appel et rompt leur routine en lui proposant de l’accompagner à une fête. Ces deux êtres solitaires véritables âmes perdues vont peu à peu se rapprocher de façon assez maladroite.

On les retrouve durant cette soirée chacun assis à un bout du canapé sans se parler. Puis ils se lancent un regard et commencent à échanger des paroles. Ermanno va chercher à boire et revient avec un couple d’amis à qui il la présente. A cet instant, tous deux ont l’air mal à l’aise face aux questions du couple. Une distance semble limite s’être à nouveau instaurée entre eux. Lena interrompt cette tension latente quand elle lui propose de danser.

Ermanno la suit des yeux son attention est entièrement concentrée sur elle. Via l’emploi combiné d’un raccord regard et d’une caméra subjective nous voyons à travers les yeux d’Ermanno. Lena donne l’impression d’être seule sur la piste, elle danse souriante et apparaît enfin détendue. On a l’impression limite que pour lui il n’y a que Lena, alors que la fête bat son plein.

On assiste à une alternance de plans sur elle et sur Ermanno qui est rejoint par l’un de ses amis. Ce dernier confirme notre sentiment, impression renforcer par la façon de filmer cette scène « tu es en train de t’attacher à cette roumaine ». Ermanno détache ses yeux d’elle quand il lui répond « elle est polonaise » / « ça reste une pute » / « non » / « comment tu appelles une fille qui vend son enfant ? ».

De retour à l’appartement la routine semble revenue. Chacun est dans sa pièce. Ermanno s’installe dans ce salon devant la télé tandis que Lena va prendre sa douche. En fond sonore, on entend à la fois le son de la télé et celui de la douche. Le regard d’Ermanno tend vers elle. On a parfois l’impression que tout deux ne savent pas comment réagir, semblent peu habitués aux contacts humains. Il parait s’être belle et bien attaché à Lena à sa façon, puis reviens au programme télé.

Tout au long de ce film proposé par Les Valseurs on peut noter la maîtrise du réalisateur dans sa façon de filmer. Nous voyons Ermanno se coucher dans sa chambre et éteindre la lumière. Raccord, la lumière s’allume nous sommes dans la chambre de Lena. En larme, inquiète elle appelle Ermanno. Nous devinons qu’elle a perdu les eaux. Ces deux êtres esseulés se sont semble-t-il trouvé. Ermanno l’attend seul dans le couloir de l’hôpital face à lui on peut voir un homme et sa fille.

Dans un magnifique plan qui paraît jouer sur l’opposition Ermanno appel Fabio au cœur de la nuit avec derrière lui le hall d’hôpital qui est éclairé. Il leur apprend que l’accouchement s’est bien passé et que la petite est en observation. Il insiste sur le fait qu’il ne sert à rien qu’ils viennent. Ermanno finit par s’endormir sur les fauteuils dans le couloir de l’hôpital qui est étonnement vide.

Sole enchaîne sur un gros plan de la petite en train de téter le sein de Lena. Cette dernière contrairement à ce que l’on pourrait croire ne lui accorde pas un regard, ses yeux sont fixés au loin. Elle nous apparaît à nouveau détachée, agir mécaniquement. Elle semble s’être déjà faite à l’idée que ce n’est plus sa fille ou est-ce juste une carapace, une protection pour ne pas trop souffrir, réfléchir et se mettre à regretter son geste.

Lena va s’asseoir à côté d’Ermanno, ils sont plus proches qu’ils ne l’ont jamais été depuis le début du film. Echange de paroles succinctes « ça va ? » / « oui » / « tu peux rentrer je ne vais pas m’enfuir ». Lena paraît mal interpréter ses attentions et croire que son intérêt est purement professionnel alors que lui s’attache à elles.

Un peu plus tard, une infirmière invite Ermanno à prendre son bébé dans ses bras tandis que Lena est allongée dans le lit. Quand il prend le bébé dans ses bras, la caméra s’attarde sur lui on a l’impression qu’il s’attendrit face à la petite. Puis Fabio et Bianca entrent et la lui prennent des bras. Au second plan, Ermanno les observe. Ce moment où il a tenu le bébé dans ses bras nous donne l’impression d’avoir été déterminant.

Dans un plan de ce film proposé par Les Valeurs, nous observons au premier plan Ermanno et Elena et en arrière-plan le bébé. Ils reconnaissent l’enfant. Nous découvrons que le titre renvoi au prénom du bébé Sole. Tous deux vont devoir passer plus de temps que prévu avec le bébé qui ne peut être sevré de suite. Pour éviter toutes mauvaises surprises Fabio confisque le passeport de Lena.

On assiste de nouveau dans Sole de Carlo Sironi a un plan d’Ermanno et Lena dans la voiture, bien que la scène soit encore silencieuse tout semble avoir changé. Ermanno est songeur, préoccupé quand il jette un regard à Lena à travers le rétroviseur.

Notre regard est charmé par un plan d’une grande picturalité, d’une grande poésie, mais surtout des plus apaisant où l’on voit des vagues. Cette quiétude est rompue par les pleurs du bébé. Ermanno les entend de sa chambre. Lena perdue dans ses pensées donne l’impression de ne pas les entendre. Dans la salle de bain, elle prend son temps, sans réaction. Lena finit ce qu’elle à faire, puis se coiffe avec des gestes mécaniques limite brusques.

Ermanno pendant ce temps prend les choses en main. Il tente de calmer la petite, la prend dans ses bras. Ermanno est tendre, attentionné au petit soin. Une fois finit il lui confit, Lena apparaît par opposition toujours détachée peu enthousiaste.

Le brio de Carlo Sironi dans Sole se traduit par la forme de ce film peu porté sur les dialogues ou sur une bande-son tonitruante, tout passe par les images, les regards, les attitudes. Ce qui met en valeur le jeu des acteurs et étonnement favorise l’empathie. Ainsi nous pouvons voir Ermanno en pleine réflexion face à la mer. Carlo Sironi emploi une variation de point. Le paysage est net tandis que lui dos à nous est flou. Puis la caméra ce centre sur lui et l’arrière-plan est flou toujours sur fond de bruit de la mer des plus apaisant.

Quand Ermanno rentre, il trouve Lena sur le canapé endormit le bébé sur elle. Attentionné, il met le bébé dans son couffin et borde Lena. Ermanno a acheté un mobile pour la petite. Nous découvrons durant ce film proposé par Les Valseurs que la couche d’indifférence d’Ermanno se fendille petit à petit. Il s’attache de plus en plus à Lena et a Sole.

De nouveau dans Sole de Carlo Sironi, Ermanno et Lena nous apparaissent en retrait quand Bianca et Fabio viennent les voir. Ils observent la scène de loin, immobiles, spectateurs passifs. Le bébé hurle quand Bianca tente de lui donner le biberon. Cette dernière est attristée, car cela signifie que le moment où Sole sera enfin leur enfant est repoussé. La petite n’est pas sevrée. Lena finit par lui donner le sein toujours de façon mécanique, distanciée. Lena et Ermanno sont tous deux des personnages complexes, parfois des plus émouvants dont on suit l’évolution et celle de leur relation avec passion. Nous sommes captivés.

Ermanno nous apparaît de plus en plus investi, attaché semblant oublié qu’il a juste pour mission de veiller sur Lena et le bébé. Il va à la case chercher un travail stable. Ermanno rompt avec ses habitudes de joueur effréné. Il nous donne l’impression limite de gagner en maturité si l’on peut dire, car Ermanno risque de se brûler les ailes une fois ramené à la réalité.

Sole de Carlo Sironi. Distribution: Les Valseurs
Sole de Carlo Sironi. Distribution: Les Valseurs

Le dialogue finit par se nouer entre ses deux êtres solitaires qui cohabitaient plus qu’ils ne vivaient ensemble. Un lien semble se créer à leur rythme un peu maladroit, hésitant. Ermanno se confie à Lena. Tous trois sont de nuit dans la voiture, il lui explique que quand il était petit son père l’emmenait en voiture, car c’était le seul moyen de le faire dormir. Il répète ici ce geste. On les retrouve en train de manger sur le pouce, le bébé près d’eux dans sa poussette sur fond de mer.

La caméra s’attarde sur Ermanno quand durant le trajet de retour il observe dans le rétroviseur Lena. Mais ce lien semble parfois tenu quand les parents adoptifs viennent à nouveau les voir. Tous deux les regardent en retrait mal à l’aise ils sont loin l’un de l’autre. Ermanno observe souvent Lena. On a l’impression qu’il n’ose pas parler ou ne sais pas comment exprimer ce qu’il ressent. Une coupure de courant favorise leur rapprochement quand tout deux lavent ensemble le bébé. Ils n’ont jamais été aussi proches. Ermanno tient le bébé pendant qu’elle lave Sole. Ils se frôlent presque Ermanno à la faveur de l’obscurité trouve enfin le courage de se lancer « tu n’es pas obligé de donner l’enfant, je m’occuperai de vous ».

Au fur et à mesure de ce film distribué par Les Valseurs, nous découvrons qu’Ermanno comme Lena sont deux êtres brisés qui ont chacun une blessure en eux dont ils souffrent. Le suicide de son père pour Ermanno. Nous découvrons un peu plus tard celle de Lena. Dans une scène qui au départ peut sembler cruelle où Lena peut nous apparaitre sans cœur, mais qui révèle surtout son mal-être. Seule avec Sole elle lui dit « tu es moche ». Elle insiste, puis poursuit « quand tu seras grande tu te demanderas pourquoi je suis moche et on te dira c’est parce que ta mère était moche ».

Ces deux êtres semblent être esseulés, isolés, en mal d’amour qui vont se retrouver bien malgré eux associés vont finir par créer un lien. Le réalisateur tout au long de ce film proposé par Les Valseurs joue habilement sur les variations de point ainsi que sur les variations de point de vue. Nous avons l’impression parfois de voir l’histoire du côté de Lena ou de celui d’Ermanno

Dans ce drame des plus poignants de Carlos Sironi tout passe par les regards, la mise en scène et la façon de jouer. La musique ne tient pas une place primordiale dans ce film où le silence semble régner en maître, mais elle est employée avec soin fait sens tout comme la bande son. La musique facilite l’empathie et renforce l’atmosphère envoutante de ce drame.

Laissez-vous émouvoir par un drame empreint à la fois d’une douce poésie et mélancolie avec Sole de Carlo Sironi.

Sole de Carlo Sironi. Distribution : Les Valseurs. Durée :1h40

En salle le 9 septembre

Rédactrice freelance, Pigiste

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