Culture

Pénétrez si vous l’osez au cœur d’une enquête énigmatique au sein du Groenland avec Nuuk de Mo Malo

Nuuk de Mo Malo. Édition La Martinère. Photo: Philippe Lim
Nuuk de Mo Malo. Édition La Martinère. Photo: Philippe Lim

L’inspecteur Qaanaaq Adriensen, chef de la police de Nuuk la capitale du Groenland, se remet de ses blessures tant psychologiques que physiques. Il est finalement autorisé à revenir sur le sol groenlandais à deux conditions : poursuivre sa psychanalyse et renoncer aux affaires sanglantes.

Durant sa tournée de routine dans les postes de police, Qaanaaq Adriensen est confronté aux suicides de jeunes. Au Groenland le taux de suicide, chez ces derniers, est l’un des plus élevés au monde.

L’inspecteur suspecte un autre motif à ces morts. Cette impression est renforcée quand il voit un lien se tracer entre deux suicides récents et un mystérieux, mais surtout charismatique chaman.

Qaanaaq va devoir affronter ses démons et mener discrètement son enquête, secondé entre autres de Lotte la légiste ainsi que de son collègue et ami Apputiku. Ils seront amenés à pénétrer au cœur des traditions Inuit dans une enquête à couper le souffle.

Envoutant. Enrichissant. Angoissant. Voici les termes qui caractérisent le mieux cette nouvelle investigation de l’inspecteur Qaanaaq Adriensen dans Nuuk aux Éditions La Martinière.

Mo Malo nous entraîne dans une enquête des plus palpitante qui confronte l’inspecteur et ses alliés au problème des suicides de jeunes, voire plutôt à des meurtres maquillés, orchestrés par un génie du mal. Cet être mystérieux semble tout au moins en partie s’inspirer des traditions Inuit.

Nuuk proposé par les Éditions La Martinière commence dans le vif du sujet. Mo Malo sait captiver l’attention du public avec un prologue étrange, mais aussi plein de promesse. Il met en scène un groupe de jeunes réunis sous couvert de s’amuser.

Nous suivons l’action à travers les yeux de l’instigateur de cette réunion, sorte de metteur en scène machiavélique qui se joue de son ascendant sur les jeunes. Cette réunion qui au départ devait être bon enfant bascule dans un cérémoniel étrange, dérangeant où un homme « masqué et vêtu de hardes grotesques préside ». C’est le même personnage qui observait la scène de l’extérieur.

L’homme jouit, se réjouit de son pouvoir sur eux. Il les regarde ensuite pénétrer dans la maison où attente les filles. Il savoure le moment « le vrai pouvoir ce n’est pas de partager les femmes avec eux. Le vrai pouvoir ce sont les quelques secondes à triompher de leur résistance ». On découvrira que tout est filmé, ce qui peut confirmer l’idée de mise en scène. Nous venons de faire connaissance, tout au moins nous en avons la sensation avec le futur adversaire de Qaanaaq Adriensen.

Un thème est apparu dans le prologue de Nuuk et clairement établi « quand le passé de leur peuple l’emporte sur le présent ». Car dans ce polar signé d’une main de maître par Mo Malo les traditions tiennent une place importante dans les crimes et dans la vie des Groenlandais. Chaque partie de ce livre proposé par les Éditions La Martinière est rythmé par la durée du jour « durée du jour 4h06 min 37s ».

Mo Malo dans ce magnifique polar des plus palpitants joue sur les attentes du public. Qaanaaq Adriensen directeur de la police du Groenland, nous est introduit ensuite dans ce qui pourrait sembler être un interrogatoire musclé, mais qui se révélera être en fin de compte sa séance de psychanalyse et l’une des conditions primordiales de sa réintégration à son poste.

Sa jeune psychiatre Pia Kilanag s’occupe entre autres choses du numéro vert de la prévention au suicide et a travaillé dans des foyers de jeunes. Ce thème apparaît souvent au cœur de Nuuk, mais c’est surtout un réel problème de société dans ce coin du monde. Ainsi comme le dit si bien l’auteur « les ados, le suicide, le Groenland…Plus qu’un phénomène de société, un véritable drame national dans l’île qui compte le plus fort taux de suicide au monde environ 10 cas pour cent mille habitants », « c’est une plaie ouverte sur le drapeau rouge vif du pays ».

La séance hebdomadaire de Qaanaaq Adriensen avec sa psy est interrompue par un message informant cette dernière qu’une jeune fille s’est suicidée dans un foyer de jeunes où elle travaillait. L’inspecteur reçoit en parallèle un message de la police de Qaanaaq, sa ville natale à laquelle il doit son nom. Ce texto semble plus proche d’un SOS faisant appel au talent de l’inspecteur et exprime l’urgence de la demande « il faut que tu reviennes ici le plus vite ».

Qaanaaq Adriensen nous apparaît dans un premier temps dans Nuuk comme un être tourmenté, traumatisé, mais non dénué de talent. Il va au fur et à mesure de l’enquête retrouver de sa superbe.

Sa psy le met en garde pour retrouver son poste, Qaanaaq va devoir inspecter différents postes de police dans une sorte de chemin de pénitence, mise à l’épreuve, mais il ne doit surtout pas enquêter sur des sujets sérieux sous risque d’être révoqué. Bien malgré lui, Qaanaaq sera entraîné dans une enquête aux multiples rebondissements.

Nuuk nous fait assister à l’enterrement d’un chaman selon la tradition ancestrale, nous découvrons qu’il s’agit du père de l’inspecteur. Ce dernier aime prendre des photos c’est sa façon à lui de voir le monde comme il le dit si bien. Qaanaaq fait ainsi de multiples photographies durant l’enterrement. Certains de ses clichés donnent leurs noms à la plupart des chapitres de Nuuk : numéro de l’image, date, heure, lieu.

Le brio de ce livre de Mo Malo est de nous immerger ou tout au moins de nous initier à la culture Inuit et à ses traditions. Cela a même éveillé ma curiosité, j’ai fait des recherches de mon côté afin d’approfondir mes connaissances sur certains points.

Une explication est donnée parmi d’autres concernant le problème du suicide au Groenland « les jeunes se suicident car ils ne croient plus au chamanisme ». Cette idée peut sembler assez ironique quand on sait la place donnée justement au chamanisme et en particulier à un charismatique chaman dans ces crimes.

Ce livre des Éditions La Martinière nous plonge au cœur d’une enquête des plus envoûtante et mystérieuse aux multiples rebondissements, mais surtout dans la tradition Inuit qui pour nous reste majoritairement inconnue.

Vous apprendrez grâce à Mo Malo qu’au Groenland, il y a un code couleur propre aux maisons correspondant aux professions. Ainsi le rouge correspond au commerce ou à l’enseignement. Nous apprenons entre autres que leurs « ancêtres pratiquaient le suicide communautaire. Ils préféraient en finir pour ne pas devenir un poids pour leur clan ».

De même le choix du prénom de l’enfant de Qaanaaq n’est pas innocent. Il reprend celui de la sœur défunte de son collègue et ami Apputiku. Cela renvoi à « une coutume aussi vieille que les Inuits eux-mêmes. Il convient de perpétuer l’existence des morts en attribuant leur ateq au prochain nouveau-né de la famille quel que soit son sexe ». Plus qu’une tradition ici c’est une façon d’intégrer Apputiku à sa famille. Il est à la fois son collègue, son coéquipier, son meilleur ami et son frère.

Dans Nuuk de Mo Malo le tatouage apparaît presque comme un lien communautaire ou tout au moins une tradition. Il tient de même une grande importance dans l’enquête menée par Qaanaaq Adriensen. Vous découvrirez ainsi une ancienne pratique : le tatouage cousu qui tient une place importante dans l’énigme qui constitue cette enquête. Cette pratique nous est expliquée en détail « les anciens se tatouaient avec un fil trempé dans la suie et d’une aiguille. Il la passait sous la peau pour créer des sillons ». Cela bien sûr sans anesthésie. Cette méthode traditionnelle a en grande partie disparue.

L’une des victimes à a sur le menton un tatouage inuit, plus exactement un tatouage cousu. Qaanaaq n’en avait jamais vu depuis qu’il résidait au Groenland et voilà qu’en moins de 12h ces tatouages venaient à lui de partout.

Le premier foyer pour jeunes abîmés par la vie où se rend Qaanaaq Adriensen ,veut les reconnecter avec leurs racines Inuit. Cela à travers différentes activités dont : des treks sur la banquise, la conduite de traîneau, l’apprentissage des techniques de chasse et de pêches traditionnelles. La musique est au cœur du protocole pour ces personnes qui ont perdu leur culture.

Nuuk de Mo Malo se centre en plus des meurtres et des énigmes les entourant sur les suicides des jeunes, car dans ce lieu il y a peu d’avenir pour eux. Mais au fond de Qaanaaq un doute commence à prendre place et le lance sur les traces d’un tueur de sang-froid des plus machiavéliques.

Ce polar des Éditions La Martinière nous dresse un habile jeu du chat et de la souris où on n’est pas sûr de savoir qui poursuit qui. Le tueur semble jouer avec Qaanaaq Adriensen à un jeu des plus macabres. Un colis des plus étonnants lui est remis dans un des lieux où il se rend pour sa tournée. Il s’agit d’une main dans un Tupperware, celle-ci est recouverte d’un tatouage cousu.

Dans Nuuk, les cadeaux macabres vont se multiplier autour de Qaanaaq et l’amener à s’interroger sur l’identité de celui qui le surveille d’assez près pour le traquer de la sorte.

L’auteur Mo Malo ainsi que le meurtrier dans son récit s’amusent à brouiller les pistes. On finit presque par suspecter tout le monde. Les deux enquêtes à savoir celles sur les suicides et celles concernant les membres sectionnés semblent liées et ravivent la flamme de Qaanaaq Adriensen.

Nuuk de Mo Malo donne la parole à d’autres personnes que Qaanaaq impliqués eux aussi dans l’enquête dont: Lotte la légiste et Apputiku son collègue et ami entre autres. Le style facile à lire de ce livre proposé par les Éditions La Martinière et son intrigue des plus captivantes fait que nous dévorons plus que nous lisons Nuuk.

Plongez dans une intrigue à couper le souffle sous fond de tradition Inuit avec Nuuk de Mo Malo

Nuuk de Mo Malo. Edition La Martinière. Prix : 21 €

Pour plus d’information : http://www.editionsdelamartiniere.fr/

Rédactrice freelance, Pigiste

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