Culture

Tremblez d’effroi car dans l’ombre le Molosse dernier-né des Carnets Lovecraft rôde

Les Carnets Lovecraft: Le Molosse illustré. Photo: Philippe Lim
Les Carnets Lovecraft: Le Molosse illustré. Photo: Philippe Lim

Au seuil de la mort et traumatisé par le meurtre atroce de son ami Saint-John, un homme se souvient des événements qui les ont menés aux frontières de l’horreur et de la folie. Blasés par leurs vies monotones les deux hommes adeptes d’émotions fortes se sont tournés vers la philosophie décadente. Ils se sont adonnés à des actes impies, blasphématoires ayant donné naissance à un macabre musée.

Tout va basculer quand leurs pas et surtout leurs curiosités attisées par une légende séculaire va les conduire dans un cimetière hollandais. Ils y exhument une amulette de jade sculptée en forme de molosse ailé. Dès lors les aboiements et hurlements d’une étrange créature les suivent sans relâche. Elle attend patiemment son heure. Les entraînants au cœur de l’horreur et de la folie.

Angoissant. Palpitant. Horrifique. Voici les termes qui caractérisent le mieux ce nouvel opus des Carnets Lovecraft : Le Molosse. Cet ouvrage véritable carnet de notes, nous est proposé par les Éditions Bragelonne. Le Molosse tout comme les autres Carnets Lovecraft sont de beaux livres brochés véritables objets de collection. Ils sont les cadeaux parfaits pour tous fans de Lovecraft, dont je fais partie, cela à un coût des plus abordable.

Armel Gaulme illustrateur de talents illustre avec Les Carnets Lovecraft les œuvres du maître de l’horreur. Il donne vie cette fois au Molosse ses croquis nous plongent en immersion totale au cœur de l’univers de l’auteur, de ses cauchemars et de ses obsessions. Avec Les Carnets Lovecraft proposé par les Éditions Bragelonne, Armel Gaulme conjugue deux de ses passions celles pour les carnets de croquis et celle pour Lovecraft. Il nous les faits partager tout au long de notre lecture.

L’aventure débute en 2017, période où Armel retranscrit dans des carnets de croquis les images inspirées par les écrits de Lovecraft. Hommage au célèbre auteur dont l’imaginaire a nourri le jeune artiste, mais aussi volonté de transmission d’une passion, d’un univers. Ce dernier prend vie devant nos yeux à travers l’alliance de ces deux talents. Celui du maître de l’horreur et du fantastique et celui de l’artiste qui à travers ses illustrations instille une âme, une vie au texte.

C’est en 2019 que ses premiers Carnets Lovecraft sont publiés. La nouvelle Le Molosse d’H.P. Lovecraft au cœur de ce Carnet Lovecraft a été écrite en 1922. Puis publiée en 1924 dans la revue Weird Tales. Il est intéressant de noter que l’on retrouve dans Le Molosse la première occurrence nominative au Necronomicon.

Facile à lire et parfaitement illustré, je vous recommande de vous installer confortablement une bonne tasse de thé à portée demain lumière tamisée. Cela afin de plonger en immersion totale au confins de la terreur et de la folie dans ce Carnet Lovecraft consacré au Molosse. Ce livre proposé par les Editions Bragelonne commence au cœur de l’action.

On a l’impression de lire le journal, la confession du narrateur dont nous ne connaîtrons jamais le nom. Hystérique, effrayé, à bout de nerfs, il se confie à nous « Dans mes oreilles torturées résonnent sans cesse des mouvements d’ailes dans le lointain, des aboiements rappelant quelque gigantesque chien de meute ».

Le narrateur est hanté par un bruit qui semble être synonyme de mort et de menace. Durant notre lecture du Molosse issu des Carnets Lovecraft on est tenté par moments de se demander si ce bruit n’est pas créé par sa conscience, ses remords. Voire s’il incarne la folie du narrateur. Au fil de ma lecture tout en sachant que Lovecraft s’est parfois inspiré d’Edgar Allan Poe, ce beau livre proposé par les Éditions Bragelonne, m’a fait penser tout au moins en partie au Cœur révélateur. Dans cette nouvelle, l’assassin entend toujours le battement plus ou moins intense du cœur de sa victime qu’il a enterré sous le plancher.

Cependant dans ce livre proposé par les Éditions Bragelonne le danger rôde et attend son heure près à agir. Condamnant à plus ou moins long terme le narrateur à subir le sort de son ami « Il ne reste de Saint-John qu’un cadavre mutilé moi seul sait pourquoi et ce savoir est si effrayant que je me trouve sur le point de me faire sauter la cervelle pour éviter de subir le même sort ».

Les premières lignes de ce Carnet Lovecraft consacré au Molosse dénotent une notion de frénésie, d’urgence, de menace. Elle captive notre attention et est des plus prometteuses. On a qu’une envie plonger plus en profondeur dans ce récit qui prend corps sous le fusain, les croquis d’Armel Gaulme.

Parallèlement à ce texte nous découvrons sur la page de droite, le croquis d’un homme mélancolique installé devant une table sur laquelle on voit des livres abandonnées. Il tient négligemment à la main un pistolet. La menace rôde dans l’ombre et incarne le châtiment, la malédiction que le narrateur et son ami Saint-John encourent après leur impudence.

S’ensuit dans ce beau livre proposé par ces Éditions Bragelonne l’énoncé des faits ayant mené à ce cauchemar « Puisse le ciel pardonner l’audace insensé et l’attrait morbide qui nous ont menés tous deux à un destin monstrueux ». Dans une sorte de flashback, nous pénétrons au cœur des souvenirs du narrateur et de son défunt ami Saint-John. Pour rompre leur monotonie, tous deux se sont lancés dans une quête d’émotions les ayants mené aux blasphèmes les plus innommables. Dont le pillage de sépultures et autres actes profanes. Ils ont créé leur propre musée. Un lieu maudit empli de fétiches et noirs trophées.

Ces objets impies sont parfaitement illustrés dans les moindres détails par les croquis d’Armel Gaulme. Vous aurez le bonheur de trouver en conclusion de cet ouvrage un texte intitulé d’Esthétiques effrois où il s’exprime sur son travail dans ces Carnets Lovecraft. Il y parle plus particulièrement de son travail sur Le Molosse. Armel Gaulme revient ainsi sur le rôle crucial de ce « musée imaginaire de Saint-John et de notre narrateur sans nom ». « Il a été la pierre angulaire de mon approche graphique de ce livre. Les deux personnages forment un duo d’esthètes décadent leur collection l’atteste ».

Une chose est sûre en regardant des illustrations et des objets rassemblés dans ce lieu profane l’imagination d’Armel Gaulme est des plus riches. Il a su capturer l’âme du texte et l’univers de l’auteur dans ses croquis qui documentent à merveille le témoignage du narrateur du Molosse des Carnets Lovecraft. Vous pourrez ainsi y voir entre autres : des sculptures, des crânes suppliées….

Au cours de notre lecture de ce livre proposé par les Éditions Bragelonne nous plongeons au tréfonds de cette âme tourmentée et de l’angoisse. Leur quête insatiable va les mener à leur perte. Saint-John nous est présenté comme le meneur. Il « les a conduits jusqu’à cet endroit maudit (…) où se scella notre destin aussi terrible qu’imparable ».

Dans Le Molosse issu des Carnets Lovecraft l’une des techniques employées par Armel Gaulme est celle des croquis détourés. Ils habillent ou plutôt englobent ce texte. Dessins des plus narratifs, ils nous donnent l’impression de pénétrer dans l’esprit tourmenté du narrateur. Ainsi que de plonger en immersion totale dans ses souvenirs voire dans l’intrigue de ce beau livre proposé par les Éditions Bragelonne.

Nous suivons les deux compères au cœur d’un cimetière à l’allure abandonné. La nature semble tout au moins en partie y avoir repris ses droits. Ils se rendent dans un lugubre cimetière hollandais. Lieu au cœur d’une sombre légende « depuis 500 ans y était enterré un être qui en son temps avait été une goule et avait volé un artefact de pouvoir ». Ses chasseurs de trésor impies ne pouvaient rater une telle occasion « Alors même que je vis mes derniers instants je revois la scène » et nous aussi grâce aux croquis détourés d’Armel Gaulme.

Nous apercevons donc dans cette partie de ce livre proposé par les Éditions Bragelonne un sombre décor ou l’angoisse et inquiétante étrangeté semblent régner en maître. On retrouve ainsi : des stèles croulantes, un vol de chauves-souris qui envahit une partie de la double page. Cette impression d’inquiétante étrangeté, de silence inquiétant est « interrompu par les aboiements rauques d’un énorme molosse ».

Pour le moment, ils ne le voient pas ni n’arrivent à le situer. On retrouve dans Le Molosse des Carnets Lovecraft une des notions de l’horreur. Parfois c’est ce qui est caché, qu’on devine, qui s’insinue qui effraye plus facilement. Cela rend mal à l’aise ou tout au moins nous interroge.

Le mal dans ce livre proposé par les Éditions Bragelonne est déjà là « Malgré l’éloignement dès que nous entendons ce chien nous frissonnons en nous rappelant les récits des paysans. Des siècles plutôt celui que nous cherchions avait été retrouvé à cet endroit même déchiqueté et mutilé à coup de griffe et de crocs par quelque bêtes impensables ». Nous pouvons être tentés de nous demander s’ils n’ont pas été influencés par cette légende mais aussi par l’atmosphère lugubre de lieu. Eux même s’en font la réflexion « étrange aboiement venu de nulle part que nous n’étions pas certain d‘entendre ».

Le choix de l’illustrateur Armel Gaulme suit cette logique et est aussi des plus intéressants. Les croquis de la bête sont différents seule la menace, la sensation et l’angoisse persiste. Dans D’Esthétique effrois, il se confie sur ce point « La créature je l’ai voulu indéfinie multiple. Existe-t-elle sous forme animale ? L’imagination des personnages leur joue-t-elle des tours (…) ». « J’ai proposé plusieurs figurations de cette créature plutôt qu’une seule pour appuyer ces idées », « J’aime à imaginer qu’on pourrait lui attribuer plusieurs apparences ».

Car oui dans ce beau livre proposé par les Éditions Bragelonne et inspiré d’une nouvelle de Lovecraft L’horreur est psychologique, insidieuse. Elle se distille, nous contamine au cours de ce récit parfaitement illustré. Ce dernier nous plonge dans les tourments du narrateur et au cœur de l’angoisse et de la terreur.

Durant ce périple, ils vont piller la tombe et volé une amulette à son occupant étrangement bien conservé et à l’aspect inquiétant « crâne propre et blanc avec ses longues dents (…) ses orbites vides ou jadis brûlait une fièvre morbide semblable à la nôtre ». L’amulette a une forme curieuse et exotique qui rappelle celle d’un molosse ailé, sorte de chimère. Il s’agit d’une sculpture de jade vert repoussante à l’extrême car « évoquant à la fois la mort la bestialité et le mal ». Cette amulette à des caractères inconnus autour de sa base et un sceau en forme de crâne est représenté en dessous. Amel Gaulme restitue à la perfection dans ses illustrations cet objet impie. Cela sous toutes ses coutures.

C’est dans cette partie du Molosse proposé en format beau livre par les Éditions Bragelonne qu’il est fait pour la première fois référence au Necronomicon. Sombre présage pour eux « Nous identifions en elle une chose évoquée dans le Necronomicon ouvrage interdit de l’arabe dément Abdul Athazred. L’effrayant symbole spirituel d’un culte nécrophage de l’inaccessible Leng en Asie centrale (…) sinistre caractéristiques données par le vieux démonologue lorsqu’il décrivit l’obscure manifestation surnaturelle de l’âme des profondeurs et des mangeurs de morts ». Une fois en possession de l’objet, ils jettent un dernier regard aux orbites vides de l’ancien propriétaire. Dans une sorte de sombre présage, mise en garde dont ils ne tiendront malheureusement pas compte.

Un peu plus tard dans ce Carnet Lovecraft consacré au Molosse il sera de nouveau fait référence au Necronomicon. Texte comme tout bon fan de H.P. Lovecraft le sait lié à l’auteur et souvent cité dans ses écrits. Le Necronomicon tisse un lien concernant les propriétés de l’amulette entre l’âme des goules et la créature que ce bijou symbolise.

Une fois la Hollande quittée et l’objet de leur délit en main, ils n’auront de cesse d’entendre inlassablement l’aboiement du chien. Il semble gagner en intensité voire se rapprocher. Les manifestations vont se multiplier et gagner en force les amenant au paroxysme de la folie et de l’horreur. Cela va perdurer une fois arrivée à destination à savoir : un manoir bâti au milieu d’une lande desserte.

Dans ce livre proposé par les Éditions Bragelonne cette description associée aux illustrations d’Armel Gaulme m’ont fait penser à deux textes. L’un d’Edgar Allan Poe La Chute de la maison Usher et l’autre de sir Arthur Conan Doyle Le Chien des Baskerville. Toutes deux se situent, tout au moins en partie dans une demeure isolée située dans une lande embrumé propre à l’inquiétante étrangeté, l’imagination et à l’horreur psychologique.

Ce dernier ouvrage met en scène une créature étrange, démoniaque : Le Chien des Baskerville. Entité indéfinissable qui assassine à coup de crocs ses victimes. Mais la ressemblance s’arrête là. Elle est plus liée au lieu et à l’atmosphère propice à la fois à la terreur, à la folie et aux remords.

 Les Éditions Bragelonne avec ce nouvel opus des Carnets Lovecraft : Le Molosse nous entraîne dans un récit horrifique angoissant qui vous glacera le sang. Cela en partie grâce aux illustrations d’Armel Gaulme qui donnent corps au texte. Elles nous plongent en immersion totale au cœur de l’horreur et de l’esprit tourmenté du narrateur.

L’alliance du texte et de l’image est tellement parfaite que l’on dirait un journal de bord voire les mémoires du narrateur. En tant que fan de Lovecraft et adepte de beaux livres, j’ai été plus que séduite par les Carnets Lovecraft. J’ai donc décidé d’en faire la collection, et pour une fois j’ai trouvé une idée de cadeau.

Comme toujours avec les nouvelles et romans d’H.P. Lovecraft on est happé par l’intrigue. Sensation renforcée par les croquis d’Armel Gaulme qui servent voire s’intègrent au texte. Elles nous entraînent en immersion totale dans l’intrigue du Molosse proposé par les Éditions Bragelonne. Pour ma part, j’ai lu d’une traite cette nouvelle. La collection Les Carnets Lovecraft illustrée par Armel Gaulme réconciliera adeptes de beaux livre et fans d’horreur sans pour autant jouer sur la surabondance de gore. L’horreur, la terreur est plus psychologique, insidieuse mais toute aussi intense.

Affrontez si vous l’osé le Molosse qui vous attend tapis en plein au cœur des ténèbres du Carnet Lovecraft

Les Carnets Lovecraft : Le Molosse. Illustration Armel Gaulme Nouvelle d’H.P. Lovecraft Éditions Bragelonne. Prix = 12,90€

Pour plus d’info : https://www.bragelonne.fr/

Rédactrice freelance, Pigiste

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Protected by WP Anti Spam