Culture

Découvrez pour votre plus grand plaisir un film d’horreur des plus amusant avec Jabberwocky de Terry Gilliam

Un horrible monstre le Jabberwocky jette un voile de terreur sur le royaume de Bruno Le Contestable. Ce dernier promet la main de sa fille à celui qui tueras le monstre.

Au cœur de la forêt dans un lieu épargné par les ravages du monstre, la vie suit on court. Dennis notre valeureux héros, enfin si on peut dire, va devoir quitter ce havre de paix pour chercher du travail en ville et relever plus ou moins bien malgré lui de multiples épreuves….

 

Sanglant. Gore. Absurde. Voici les termes qui caractérisent le mieux ce chef d’œuvre Jabberwocky de Terry Gilliam dont on reconnaît ici la patte. Carlotta Films vous donne la possibilité de découvrir ou de redécouvrir ce film.

Jabberwocky est inspiré du poème de Lewis Carroll du même nom. Il s’agit du premier long-métrage de Terry Gilliam en solo enfin pas totalement, on retrouve tout de même Michael Palin l’un des Monty Python. Les fans du style de ce réalisateur hors pair et de sa joyeuse équipe de troublions, dont je fais partie, sauront tout de suite séduits par ce film à la fois gore et absurde.

On retrouve en introduction de Jabberwocky un grand classique des films des Monty Python : une voix-off nasillarde, étrange présente dans la majorité des œuvres mettant en scène cette fine équipe. Elle introduit dans un jargon de style médiévale la flore, donnant l’impression d’un moment apaisant presque bucolique. On voit même un papillon se poser puis se faire immédiatement écrabouiller par un pied.

Soyez prévenu vous pénétrez dans un univers absurde, grand-guignolesque où tout est possible voire exagéré. On retrouve notre chasseur qui sifflote tout en récupérant dans un sac en toile les animaux qu’il a attrapé ceux-ci semblent se débattre violemment ou danser la gigue.

L’ambiance change d’un coup et devient plus inquiétante. La musique se fait dissonante. On assiste à une mutation du réalisme avec entre autres de l’orage accompagné par des bruits de pas imposants et un étrange grognement quelque chose se rapproche du chasseur à son insu.

Quand le menace est toute proche, on passe en caméra subjective. Nous voyons l’action à travers les yeux de la créature qui le traque. Terry Gilliam dans Jabberwocky a fait le choix le plus intéressant de ne pas montrer tout de suite le monstre créant ainsi du suspens.

Le chasseur semble chercher d’où provient ces bruits. On voit un gros plan sur son visage durant l’attaque de la bête. Cette scène se déroule hors champs, il en sera de même à chaque fois, le monstre reste invisible. Puis dans un plan plus large, nous découvrons que seul le visage du chasseur demeure intact le reste a été rongé jusqu’à l’os. Il ne subsiste plus que quelques morceaux de chair sanglant.

Le titre Jabberwocky apparaît enfin écrit avec des enluminures rouges donnant l’impression d’éclaboussures de sang. Le film débute dans le vif du sujet. La voix-off fait son retour et semble introduire ce conte, cette légende sanglante qui se déroule à « un âge sombre plus sombre qu’on le pensait » suis une succession de tableaux donnant le ton et représentant l’Enfer.

Bienvenue dans l’univers de l’absurde et du grand-guignol et des non-sens les plus amusants. Les rumeurs concernant les attaques de la bête atteignent le village bien tranquille où vie Dennis. Un homme aurait comble de l’horreur vue ses dents blanchir en une nuit après avoir vue le monstre. Cette affirmation entraîne les cris indignés de ceux l’écoutant, car ils ont tous les dents pourries. En temps normal, ce sont les cheveux qui sont supposer blanchir.

Dennis notre héros pas comme les autres s’en va en barque faire la cour à Griselda une jeune fille loin des canons de beauté auxquels on s’attend. Sa famille et elle-même sont plutôt affreux, sales et méchants. La maison tombe en ruine et tient plus d’une bicoque. Griselda n’est ni gracieuse, ni pure bien au contraire elle est plutôt vulgaire limite un laideron qui se gratte les fesses sans ménagement.

Nous sommes bien loin d’un conte de fée ou d’un roman de chevalerie. Toute sa famille est aussi distinguée et respectueuse : le petit frère pise sur Dennis, la mère de Griselda jette les ordures dans la rivière ces dernières tombent accessoirement sur Dennis, le père de Griselda fesse à l’air à la fenêtre défèque tranquillement dans la rivière.

On retrouve le côté absurde, décalé de Terry Gilliam dans Jabberwocky quand Dennis parle de son père et dit qu’il va bien. On voit dans un raccord un plan sur ce dernier qui d’un coup tombe très malade. Il semble être sur son lit de mort. Devant témoins et devant Dennis lui-même son père l’insulte, le rabaisse. Une fois l’avoir renié il tombe raide mort apaisé.

Dans Jabberwocky de Terry Gilliam on peut observer un certain lien avec l’univers des contes, mais toujours sur le ton des Monty Python. On retrouve le thème du voyage initiatique, mais toujours présenté de façon décalé, absurde lorsque l’on suit le chemin devant mener Dennis en ville afin d’y prendre un nouveau départ.

Il décide de faire un arrêt chez Griselda pour lui dire au revoir. Le sachant renié par son père sa pseudo promise et les siens l’ignore. Dennis requiert un mot de sa douce enfin si on peut dire comme dernier adieu.

Cela semble correspondre à l’idéologie romantique rappelant presque les récits de chevalerie, voire d’amour courtois toujours dans un style absurde. « Dit moi un mot n’importe quoi ». Griselda semble le prendre au mot et demande à ses parents « Passe-moi une patate ». Elle la balance par la fenêtre car la pomme de terre est pourrie au grand bonheur de Dennis qui y voit une preuve d’amour qu’il chérira.

Jabberwocky bouscule les genres dans un film d’horreur ultra gore à mourir de rire et qui bouscule les codes classiques pour notre plus grand plaisir que ce soient ceux des contes de fées, du roman de chevalerie ou de ceux de l’amour courtois tout prend la patte de Terry Gilliam et de l’absurde propre à l’univers des Monty Python.

Dans un plan on voit un homme qui semble être dans un cachot, cependant il se révélera être plutôt dans un château en ruine aussi décrépi que son châtelain. Cet homme semble vêtu d’une tenue misérable, cela est démenti quand un autre homme le réveil brusquement et sans cérémonie en lui balançant de l’eau à la figure et en l’apostrophant à notre plus grand étonnement « Debout majesté ».

Dans ce film Jabberwocky situé toujours au cœur de l’absurde et du grand-guignolesque, on peut opposer aux scènes sanglantes gore à souhait, véritables bains de sang des contre points comique plus particulièrement des scènes décalées jouant sur le comique de l’absurde.

Au cœur de la pénombre éclairée par des bougies dans un château qui tombe en décrépitude des nobles attendent leur souverain. On assiste à un gag à répétition que l’on retrouvera plus tard, le Hérault annonce longuement les titres et filiations du roi, tandis que les nobles attendent avec impatience la fin de cette litanie pour s’asseoir à chaque pause que le Hérault fat ils ont une fausse joie.

Nous retrouvons dans Jabberwocky de Terry Gilliam de multiples passages décalés pour notre plus grand bonheur propre au Monty Python et à leur maître. Dont un grand avec une scène de groupe où une troupe de gueux divague gentiment de façon abracadabrante « on n’a pas mangé depuis deux jours », l’un d’eux « si j’ai mangé deux de mes orteils », un autre « un jour j’ai vu un docteur et il ne m’a pas vue » et d’autres perles du même acabit.

Dennis toujours dans ce qui pourrait être vu dans un conte comme une quête initiatique essaye de rentrer dans la ville. Il veut y trouver un emploi et y recommencer sa vie de zéro. Les gardes lui demandent de payer une contribution pour rentrer. Dennis leur dit qu’il n’a rien, eux trouvent sa patate et lui disent « on peut au moins manger une semaine avec » lui les arrête tout de suite en disant que c’est un cadeau de sa bien-aimée. Réflexion des deux gardes en cette période de disette « Elle doit beaucoup t’aimer ».

On assiste à nouveau à un grand moment d’absurdité où on reconnaît la patte de Terry Gilliam, les deux gardes entre en pourparlers demande à Dennis de faire voir ses jambes ce dernier finit cul nu devant une foule hilare et les gardes qui se sont bien moqués de lui.

Comme dans tous bons romans ou films de chevalerie, le roi décide d’organiser un tournoi pour trouver un époux à sa fille et trouver un champion pour tuer la bête. Le souverain veut organiser un tournoi violent sanglant contre l’avis de son conseiller qui lui propose une épreuve à l’amiable.

Roi décrépit d’un royaume en ruine loin des contes de fées et des romans de chevalerie dont Jabberwocky comme on a pu le voir précédemment s’inspire de façon décalée. On voit dans plusieurs scènes des plus amusantes illustrés cette idée de royaume en ruine. Quand le roi demande à son goûteur de goûter un de ses plats quand le souverain lui demande ce que c’est, il répond du plâtre du IIe siècle. Le château tombe en décrépitude et du plâtre tombe du plafond.

Nous retrouvons cette idée un peu plus loin, le roi va voir sa fille. Son père la rejoint près de la fenêtre où elle est assise quand il s’appuie dessus un morceau tombe. La princesse le met en garde la dernière fois une sœur a basculé dans le vide. Information qu’elle donne d’une voix neutre.

Dans Jabberwocky nous avons souvent la sensation d’être de nouveau dans une version absurde, décalée des contes de fées et roman de chevalerie. La princesse est certes belle, mais elle est surtout cucul, naïve, fleur bleue le parfait miroir de Dennis.

Quand le roi son père lui parle du tournoi qu’il organise pour détruire la bête et sauver le royaume. On assiste à un running gag des Monty Python et de Terry Gilliam elle comprend tout de travers « détruira le royaume… » son père la remet dans le droit chemin en la traitant de petite sotte.

La princesse est déçue quand son père lui apprend qu’elle épousera le vainqueur «je veux épouser un prince comme dans les livres ». La décrépitude du royaume apparaît à de multiples reprises le roi lui dit qu’il « lui construira un nid d’amour dans la tour ouest ». On voit à cet instant cette dernière s’effondrer.

On entend alors un bruit puis un cri puissant celui du monstre : Jabberwocky. Ce dernier semblait jusque-là être le grand absent de ce film qui porte pourtant son nom, cependant la créature n’était jamais loin, tapis dans l’ombre attendant son heure, mais quand il est là le monstre ne fait pas dans la dentelle.

On retrouve de nouveau des thèmes propres à l’univers du conte, mais toujours détourné quand Dennis est envoyé dans la forêt chercher du bois sorte d’épreuve qu’il devra succomber s’il veut se sustenter. On peut voir un plan vers la forêt dont on a une vision inquiétante introduite par une mutation du réalisme : brumes, cris inquiétant d’animaux….

Puis on passe comme lors de la première attaque en vision subjectif. La bête semble guetter et se rapprocher de Dennis. On entend le leitmotiv de la bête se rapprocher : musique dissonante et bruits de pas imposant.

Terry Gilliam joue sur les attentes du public et sait instaurer du suspens. Dennis tombe non pas sur le monstre comme on s’y attendait, mais sur un fou qui croit que notre héros veut lui voler ses pierres précieuses qui se réveilleront être de simples pierres.

La bête fait des siennes et se livre à une véritable boucherie. Les adeptes de films d’horreur ou de films gore y trouveront leur bonheur toujours dans un style grand-guignolesque : chairs sanguinolentes, sang, squelette du fou déchiqueté par la bête dont seule la tête reste comme précédemment intacte.

Comme souvent dans Jabberwocky on trouve des contrepoints comiques qui désamorcent l’action, les passages gores nous plongeant toujours au cœur de l’univers de Terry Gilliam et des Monty Python. Une fois à l’intérieur de la forteresse, Dennis se trouve dans une place vide. Un homme sonne une cloche et annonce l’heure de pointe. La place est tout de suite envahie, bruyante, encombrée.

De nouveau dans Jabberwocky, Terry Gilliam détourne les genres classiques dont celui de la chevalerie et des tournois pour notre plus grand plaisir. Durant le tournoi un chevalier est désarçonné d’un coup de lance, l’armure est envoyée en l’air suivi de peu par son possesseur avant de s’éclater tous deux au sol. Durant un autre combat où l’un des adversaires est un chevalier des plus inquiétants. On voit son adversaire se faire désarçonner, monter haut dans le ciel, percuter un mur et retomber cul par-dessus tête cette dernière est enfoncée dans le sol. Les heaumes des chevaliers portent de drôle d’ornements des plus loufoques, l’un d’eux est paré d’une tête de chien, un autre d’un poisson….

C’est à l’occasion du tournoi que l’on entend pour la première fois sous forme d’une mise en garde prononcé le nom du monstre qui les terrifie Jabberwocky.

Les quiproquos et l’humour potache sont souvent présents dans ce film quand Dennis pénètre dans la chambre de la princesse. Cette dernière fleur bleue comme pas deux devant un Dennis en guenille croit trouver son chevalier et ressort les bêtises qu’elle a dû voir dans ses livres « vous êtes arrivez (…) vous avez dû affronter de terribles dangers ». La princesse le nomme bien malgré lui Prince Dennis.

Pendant ce temps en arrière-plan, on voit un grappin passer à travers la fenêtre, puis on voit un prince en grande tenu. On l’entend et on est bien les seuls dire « je suis là mon amour » et disparaître d’un coup. Emporté par le bord de la fenêtre qui s’écroule comme le semble le faire tout le royaume.

Ce chef d’œuvre Jabberwocky désamorce les codes pour vous proposer une perle de l’horreur et de l’absurde qui en séduira plus d’un ou dune. Terry Gilliam réinvente les genres ou plutôt ce les réapproprie.

Préparez-vous à vivre un grand moment de l’histoire du cinéma avec ce film. Le brio de Terry Gilliam est de jouer sur les attentes du public en montrant certes des morts atroces, mais surtout en faisant le choix de ne pas montrer ni nommer la créature de suite.

Jabberwocky comme tous les films des Monty Python et de Terry Gilliam est à voir et à revoir pour son plus grand plaisir sans se lasser.

 

Pénétrez à vos risques et péril au cœur de l’absurde et de l’horreur dans Jabberwocky de Terry Gilliam

Jabberwocky de Terry Gilliam. Avec Michael Palin. Carlotta Films. Durée : 1h45

Pour plus d’information: http://carlottavod.com/jabberwocky-detail

Rédactrice freelance, Pigiste

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