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Plongez dans une enquête étrange aux frontières du réel et de la folie avec le Dossier Arkham

Le Dossier Arkham d'Alex Nikolavitch. Éditions Leha. Photo: Philippe Lim
Le Dossier Arkham d’Alex Nikolavitch. Éditions Leha. Photo: Philippe Lim

Le corps déchiqueté du détective Mike Danjer est retrouvé dans une chambre close au mieux d’un amoncellement de documents. Christopher Carter du service des affaires non classées est chargé d’étudier ces papiers qui constituent le Dossier Arkham. Celui-ci renferme le compte rendu de l’enquête du détective sur la disparition de Kurt Plisson un étudiant du mystérieux professeur Blake.

Cette enquête et les événements l’entourant sont synonymes pour la majorité de ceux qui y sont liés de morts violentes ou de folie. Tout un programme qui semble digne d’intérêt pour une enquête à la limite du supportable.

Envoutant. Angoissant. Brillant. Voici les termes qui caractérisent le mieux le Dossier Arkham d’Alex Nikolavitch. Ce livre proposé par les Éditions Leha est une véritable merveille flirtant avec le polar, mais surtout nous invitant à pénétrer dans l’univers de Lovecraft. Le Dossier Arkham va au-delà en faisant référence à l’univers du cinéma, tout en jouant avec le second degré. On peut observer d’habiles jeux de mots.

Lovecraft, Innsmouth et Dagon sont partout présents dans le Dossier Arkham proposé par les Éditions Leha. Alex Nikolavitch parait passionné par le sujet qu’il maîtrise d’une main de maître. En plus de l’intrigue principale liée à Innsmouth, Dagon et leur sombre culte vous trouverez dans le Dossier Arkham des références à d’autres œuvres de Lovecraft. Point sur lequel nous reviendront plus loin.

Il est intéressant de noter que la couverture de ce livre d’Alex Nikolavitch a été réalisée par le talentueux Patrick Pion. Cet illustrateur était à l’origine des dessins donnant corps à la BD La Planète aux cauchemars. Cette œuvre est librement adaptée du Cauchemar d’Innsmouth de Lovecraft. On en retrouve en partie la trame dans Le Dossier Arkham d’Alex Nikolavitch.

Patrick Pion semble abonné, lié au mythe de Dagon ainsi qu’à Lovecraft. Nous retrouvons sur la couverture de ce livre proposé par les Éditions Leha deux choses qui renvoient au maître de l’horreur et du fantastique H. P. Lovecraft. On peut y observer des tentacules qui se tendent vers un livre. J’ai tout de suite pensé et je suis sûre de ne pas être la seule à Cthulhu. Le livre vers lequel elles tendent porte un pentacle rappelant le Necronomicon. À ses côtés on peut apercevoir un crapaud en costume portant des lunettes qui prend des notes.

L’illustration de Patrick Pion introduit dès le début et bien avant notre lecture la notion d’inquiétante étrangeté. Nous pénétrons ensuite pour notre plus grand plaisir dans le vif du sujet. Alex Nikolavitch a fait le choix des plus intéressants de commencer le Dossier Arkham par une introduction soulignant l’authenticité du récit et des documents regroupés dans cet ouvrage dont « il atteste l’existence tangible et l’authenticité ». L’auteur joue habilement avec la typographie, les couleurs entre autres pour nous restituer les différents documents regroupés dans le Dossier Arkham proposé par les Éditions Leha. Il s’agit de documents et notes retrouvés dans une chambre close sur la scène d’un crime atroce.

Tout commence par un « Rapport de Police motivant l’archivage de ce dossier ». L’intrigue se déroule majoritairement en 1941. La police arrive sur les lieux d’un crime attirée par des cris stridents. Ils trouvent un homme seul à l’article de la mort. Le corps supplicié « thorax et abdomen ouvert comme par des griffes ». Il n’y a nulle trace de l’agresseur. La pièce est fermée de l’intérieur.

Dès le départ on se retrouve face à un mystère qui n’est pas s’en rappeler peut-être à certains les meurtres atroces et le mystère du Double assassinat dans la rue Morgue d’Edgar Allan Poe. L’homme gît au milieu d’un tas de documents souillés. Le Dossier Arkham proposé par les Éditions Leha se poursuit par un ordre de mission à l’attention de l’agent Christopher Carter du service des affaires non-classées. Il va étudier les documents retrouvés sur le lieu du crime. Nous ne sommes pas loin de penser à Fox Mulder et à X Files.

Alex Nikolavitch poursuit ou plutôt introduit son intrigue avec une lettre reçue le 5 juin 1937 date correspondant à l’ouverture du Dossier Plisson. On découvre que notre mystérieux mort avait pour nom Danjer. Nom prédestiné pour sa profession et cette enquête qui va le plonger au cœur du danger. Il ne faut pas oublier que l’auteur de ce Dossier Arkham proposé par les Éditions Leha est un pro des jeux de mot. Vous aurez le plaisir de le découvrir au cours de votre lecture.

Danjer est un détective engagé pour retrouver Kurt le fils de Plisson. Le jeune homme était étudiant à l’université Miskatonic d’Arkham. Kurt a récemment disparu lors d’un voyage de recherche sur le terrain. Il lui propose de s’installer à Arkham pour enquêter.

Les types de médias, documents et typographie évolue dans Le Dossier Arkham d’Alex Nikolavitch au gré des papiers regroupés dans le dossier et des avancées de l’enquête. Cette variété que l’on retrouve dans le style de l’auteur de cette œuvre proposée par les Éditions Leha captive le lecteur. Ce dernier entame une plongée dans l’imaginaire fleurissant d’Alex Nikolavitch et de Lovecraft par la même occasion.

On retrouve ensuite une affiche conservée par un étudiant de la Miskatocnic, le jeune Wilson Suryvett sur laquelle est inscrite « le professeur Blake souhaite ouvrir un TD de transversalité à travers une expédition dans la forêt de Dunwich ». Lejeune homme a refusé d’y aller. Terrifié, il a quitté la fac pour devenir chauffeur de Tramway. Suryvett est d’accord pour parler à condition que son nom ne soit cité dans aucune procédure. Il craint des représailles de la fac ou de personne y étant lié.

Dès le début des investigations abordées dans Le Dossier Arkham proposé par les Éditions Leha une menace inconnue plane dans les environs entourée d ‘une aura teintée de mystère. Cette expédition s’est soldée par la disparition des étudiants incluant Kurt Plisson, Alex Nikolavitch met entre nos mains le journal de bord de l’un de ces étudiants Jerusalem Whateley.

Dans un premier temps, ils sont enthousiasmés par le projet « peut-être d’ailleurs pourrons nous découvrir des vestiges plus anciens encore, laissés par des peuples ayant précédé nos ancêtres ». L’’intérêt du jeune Whateley est des plus prononcés, car il est directement concerné « j’ai accepté ce projet parce que ma famille vient de ces vallées reculées et que cela me permettra de retrouver mes racines et peut-être ces cousins dont mes parents me parlaient à mots couverts quand d’aventure ils consentaient à les évoquer ».

Dans Le Dossier Arkham proposé par les Éditions Leha la plongée dans le fantastique et l’horreur va crescendo. Elle est restituée parfois par l’ambiance. On retrouve ainsi par moment une sensation d’inquiétante étrangeté les menant à la limite de la folie, du supportable. L’effet s’intensifie au cours de la lecture de ce roman d’Alex Nikolavitch.

Perdu au cœur de l’obscurité dans un lieu inconnu qui leur semble presque hostile. Ils découvrent une étrange bâtisse dans les bois à laquelle Whateley trouve « un je ne sais quoi de spectral ». Ce lieu donnait l’impression de s’éloigner, de se dérober au fur et à mesure. Il émanait de ce lieu un froid pénétrant. « L’édifice fantomatique » leur apparaît bien moins impressionnant « sous la lumière blafarde ».

Tout au long de ce Dossier Arkham proposé par les Éditions Leha les protagonistes sont hantés par de terribles cauchemars qui ne leur laissent pas de répit et les font flirter avec l’antre de la folie. Tous ne ressortiront pas indemnes. Les étudiants vont finir par trouver une ferme décatie. L’homme qui leur ouvre la porte est « une caricature d’homme qui fait des borborygmes ». Le narrateur de cette partie apparaît à la fois hautain voire discourtois et nous est à vite antipathique. Cet être étrange s’adresse à eux dans un charabia inintelligible dont les sonorités rappellent à Charles à sa plus grande frayeur « ce que j’avais vue dans certains livres de la section réservée de la bibliothèque à la Miskatonic ».

Le groupe d’étudiants s’engouffrent ou plus exactement s’égarent de plus en plus dans la forêt où tout se ligue pour les déstabiliser : la boussole déconne. Les éléments étranges se multiplient autour d’eux.  Le narrateur de cette section du Dossier Arkham proposé par Les Éditions Leha semble perdre pied. Ainsi un de ses camarades lui fait remarquer « tu ne devrais pas employer ce mot », et précise « certaines choses ressemblant un peu trop au charabia du paysan de l’autre jour » Le narrateur nie ou tout en moins n’en a pas conscience.

Le Dossier Arkham d’Alex Nikolavitch distille une sensation d’inquiétante étrangeté qui va en s’intensifiant. La folie, la mort semblent guetter ceux qui approchent de trop près l’enquête. Dans cet ouvrage aux frontières du réel proposé par les Éditions Leha vous retrouvez rassemblé une grande diversité de document dont un article sur Innsmouth. Ville chère à l’œuvre de Lovecraft. Les liens avec l’auteur, le Cauchemar d’Innsmouth et le mythe Dagon sont des plus clairs dans cet article, mais sont aussi déclinés tout au long du Dossier Arkham. Ce texte prend la forme d’un reportage. On y suit une journaliste qui se rend à Innsmouth sur les conseils d’une vague cousine. Elle lui a vanté ce village de pêcheurs comme un lieu des plus paisibles où l’on peut trouver un peu de calme et de sérénité.

Dans cette partie, les fans d’ H.P. Lovecraft sauront retrouver pour leur plaisir les grandes lignes de la trame du Cauchemar d’Innsmouth. Une fois arrivée dans cette ville la journaliste la trouve « morose aux confins du sordide ». Elle fait ensuite connaissance avec l’étrange hôtelier avec « sa bouche large sans lèvres, ses yeux globuleux et nettement écartés tout en lui rappelait le poisson des profondeurs » un « genre de baudroie assez affreux ». Cela n’est pas sans nous rappeler les êtres proches de batraciens ou de poisson des profondeurs propre à la ville d’Innsmouth chez Lovecraft.

Elle va noter que les habitants partagent tous le même physique. La journaliste va faire connaissance avec Adenoid Gillman. Ce dernier lui demande si elle n’a pas « un peu de sang d’Innsmouth » car elle apprécie la nourriture. Il lui fait de même remarquer qu’une femme charpentée comme elle « passerait inaperçue en ville ». Propos lourd de sens quand on connait l’univers de Dagon et Le Cauchemar d’Innsmouth en particulier. Cet homme étrange va lui servir de guide. Il va lui parler entre autres du projet de conserverie créé pour relancer la ville. Elle produirait entre autres recettes une fricassée de poulpes ou de tentacules que l’on trouvera souvent cité dans le Dossier Arkham proposé par Les Éditions Leha. Un des ingrédients de cette recette est une mystérieuse épice appelée « Santagora » ou « sang noir ».

Alex Nikolavitch avec cet ouvrage nous livre une histoire menée tambour battant. Elle ne repose pas uniquement sur Dagon et son mythe mais aussi sur d’autres œuvres de Lovecraft. L’auteur réussi à nous livrer une intrigue qui tient la route et sait captiver le lecteur. Le Dossier Arkham proposé par Les Éditions Leha se rapporte ainsi à une lumière étrange au-dessus de Providence. Sorte de comète ou de météorite qui seraient tombées du ciel. Les sections de ce roman proposé par Les Éditions Leha se rapportant à ce thème font référence à La Couleur tombée du ciel de Lovecraft.

Le brio d’Alex Nikolavitch avec Le Dossier Arkham est de réussir à créer une intrigue aux confins de la folie et de l’irréel ayant pour base Lovecraft. Cela va bien au-delà, on peut aussi noter des références à d’autres maîtres de l’horreur dont Clive Barber plus précisément Hellraiser. Ainsi dans L’Orient mystérieux sur les pas d’Athazred le journaliste se rend durant sa quête dans un étrange bazar. Il va y trouver un cube noir incrusté de motifs en or, le vendeur le met en garde « Non monsieur la boite n’est pas pour vous il faut une certaine tournure d’esprit pour l’ouvrir. Une tournure que d’aucuns qualifieraient de perverse. Et vous n’avez croyez-moi aucune envie de savoir ce qui s’ouvrirait d’autres si d’aventure vous parveniez à en débloquer le mécanisme subtil ». Nous sommes ici en présence de la boîte de Lemarchand d’Hellraiser de Clive Barber.

Dans ce bazar de l’horreur décrit dans Le Dossier Arkham proposé par les Éditions Leha nous retrouvons aussi d’autres références plus ou moins explicites à l’univers de Lovecraft. Dont « vous n’avez pas peur de—de quoi ? quel est ce mot ? Cthu… ? Cthouq chose » Ces termes rappellent de mauvais souvenirs au narrateur de discussions avec le professeur Blake « des portions les plus incohérentes de ses discours sortaient parfois des vocables de ce genre ».

Les fans ou habitués de l’univers de Lovecraft auront deviné au regard de l’intrigue de ce Dossier Arkham proposé par les Éditions Leha qu’il s’agit de Cthulhu. Il est aussi fait référence à « la maison d’Alhazred », « lieu où a été couché sur un parchemin le légendaire et maléfique Necronomicon ». On retrouve un peu plus loin une référence au culte et à la secte de Dagon ainsi qu’à « la malédiction de R’lyeh » ….

Alex Nikolavitch avec ce Dossier Arkham réussi à nous offrir une œuvre des plus structurée. Elle s’appuie sur plusieurs ouvrages et thèmes chers à Lovecraft dans une intrigue qui tient la route et qui sait tenir en haleine le lecteur. Une fois commencé on a envie de finir au plus vite ce livre proposé par les Éditions Leha afin d’en découvrir le dénouement. La figure du cauchemar est partout présente et se décline tout au long de cette œuvre qui nous invite parfois dans l’antre de la folie. Plusieurs personnes se retrouvent ainsi internées.

Tout au long de votre lecture du Dossier Arkham proposé par les Éditions Leha. Il vous faudra être attentif afin de découvrir toutes les références. Vous pourrez ainsi trouver une référence à Charles Dexter Ward qui renvoie sans grande surprise au roman d’H.P. Lovecraft L’Affaire Charles Dexter Ward. Dans cette œuvre d’Alex Nikolavitch vous pourrez observer d’autres références à l’univers de la SF de l’horreur voire de l’actualité, mais qui servent toutes à merveille l’intrigue.

On peut noter ainsi : une référence à l’émission d’Orson Welles basée sur La Guerre des Mondes qui à son époque créa en vue du talent de l’acteur un mouvement de panique « 2 ans après les scènes navrantes provoquées par une dramatique émission de radio racontant (Avec un certain réalisme il est vraie) une invasion de Marsiens », « ce qui exclut une panique déclenchée par une fiction radiophonique trop convaincante ».

Nous retrouvons aussi une allusion au film Lake Placid avec son vorace et immense crocodile. Il s’agit ici d’un lézard géant « le bétail a été mutilé on y retrouve des traces de morsures style alligator ». Il est aussi fait référence à un « gros lézard à gros ventre (…) surnommé God Gila ». Le cuir épais de l’animal semble imperméable aux balles même de gros calibres. Il se tient sur les pattes arrière et a tenté d’escalader le clocher. Plus accès sur l’actualité, il est fait allusion à un tueur en série Albert Fish natif d’Innsmouth….

Dans un autre registre que l’on pourrait être tenté de rapprocher du contre point comique. On peut observer à travers l’emploi de jeu de mot d’autres références dont « Je vais finir par vous croire l’Incarnation présente du sage d’Aggartha », « l’entité perspicace que la traduction (…) a appelé dans son latin bancal Aggartha Cristi ». Mais aussi « je vous confie mon jeune disciple Dee Mi Lun », « l’intrépide archéologue aventurier accompagné de Dee Mi Lun ». Je pense qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer ces deux références.

Préparez-vous à entamer à vos risques et périls un voyage dépaysant au cœur du Dossier Arkham

Le Dossier Arkham d’Alex Nikolavitch. Edition Leha. Prix : 17€ .

Pour plus d’info : https://editions-leha.com/

Rédactrice freelance, Pigiste

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